Une nouvelle souche du virus H1N1 de la grippe porcine se propage silencieusement chez les travailleurs des élevages de porcs en Chine et devrait être contrôlée « d’urgence » pour éviter une nouvelle pandémie, selon les chercheurs à l’origine de cette nouvelle étude inquiétante.

« Les virus G4 ont toutes les caractéristiques essentielles d’un virus pandémique candidat »

Appelée G4 EA H1N1, cette nouvelle souche est répandue dans les élevages de porcs en Chine depuis 2016 et se reproduit efficacement dans les voies respiratoires humaines. Jusqu’à présent, elle a infecté certaines personnes sans provoquer de maladie, mais les experts de la santé craignent que cela puisse changer rapidement. « Les virus G4 ont toutes les caractéristiques essentielles d’un virus pandémique candidat », soulignent les auteurs de l’étude, ajoutant que le contrôle de la propagation chez les porcs et la surveillance étroite des populations humaines « devraient être mis en œuvre de toute urgence ».

Publiés dans la revue PNAS, ces nouveaux travaux sont basés sur la surveillance des porcs dans 10 provinces chinoises entre 2011 et 2018. Au cours des trois dernières années de l’étude, les chercheurs ont prélevé 338 échantillons de sang sur les employés de 15 élevages de porcs et 230 sur des personnes vivant à proximité de ces installations. Et il s’est avéré que 10,4 % des employés et 4,4 % des riverains ont été testés positifs pour les anticorps au G4 EA H1N1. Avec un taux grimpant à 20,5 % pour les employés âgés de 18 à 35 ans.

« Prévoir les risques n’est pas une science précise, mais il serait bon de porter une attention particulière au virus », estime Ian Brown, chef du département de virologie de l’Agence britannique de santé animale et végétale. « D’une façon similaire au SARS-CoV-2 [le nouveau coronavirus], il se peut que celui-ci évolue et devienne plus agressif chez l’Homme. »

— I Love Coffee dot Today / Shutterstock.com

Une surveillance étroite indispensable

Selon les auteurs de l’étude, les variations eurasiennes de la souche H1N1 circulent chez les porcs en Europe et en Asie depuis des décennies, mais la fréquence des virus G4 chez les porcs d’élevage chinois présentant des symptômes respiratoires a commencé à augmenter fortement après 2014. « Des preuves récentes indiquent que le virus G4 EA H1N1 est un problème croissant dans les élevages de porcs, et la circulation généralisée des virus G4 chez les porcs augmente inévitablement le risque de transmission à l’Homme. »

Interrogé sur la nouvelle souche lors d’une audition au Sénat américain en début de semaine, le Dr Anthony Fauci, qui dirige l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses, a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une « menace immédiate » mais « d’une chose que nous devons garder à l’œil comme nous l’avons fait en 2009 avec l’émergence de la grippe porcine ».

Pour de nombreux spécialistes des maladies infectieuses, la prochaine étape cruciale va consister à découvrir si certains des employés infectés dans les élevages de porcs ont contracté le virus au contact d’autres personnes, et s’ils ont pu le transmettre aux membres de leur entourage.

Si le virus H1N1 à l’origine de la pandémie de 2009 avait un taux de mortalité relativement faible (0,02 %), celui-ci s’était élevé à plus de 2,5 % lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918, ayant fait au moins 50 millions de victimes. — DimaBerlin / Shutterstock.com

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