Quelques années après une greffe de moelle osseuse sur un patient américain, l’étude de l’ADN de son liquide séminal ne contenait que celui du donneur, vivant en Europe. Zoom sur ce cas rare qui soulève de nombreuses interrogations.

Un cas unique

Chris Long, qui travaillait au bureau du shérif du comté de Washoe (Nevada), souffrait de leucémie aigüe myéloïde nécessitant une greffe de moelle osseuse. Peu de temps avant l’intervention, Renee Romero, sa collègue dirigeant le laboratoire de médecine légale, lui avait proposé de prélever un échantillon d’ADN afin de voir dans quelle mesure celui-ci serait altéré par la greffe. Trois mois après l’opération, les premiers tests effectués ont révélé que l’ADN de ses cellules sanguines était en partie composé de celui de son donneur. Et ces changements se sont poursuivis au fil du temps.

Il s’est en effet avéré qu’à l’exception de ses cheveux et de la pilosité de son torse, qui ne présentaient aucune altération, tous les échantillons de tissus (joue, lèvre…) et de salive analysés au cours des années ayant suivi la greffe comportaient également l’ADN du donneur. Plus étonnant encore, quatre ans après la procédure, les scientifiques ont constaté que le liquide séminal de Long contenait exclusivement l’ADN du donneur, résidant en Allemagne. Un cas unique qui laisse les chercheurs perplexes.

Interrogé à ce sujet par le New York Times, Chris Long a déclaré : « J’ai pensé que c’était assez incroyable que mon ADN puisse disparaître complètement au profit de celui de quelqu’un d’autre. »

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Cette découverte suscite de nombreuses interrogations

Bien que des milliers de greffes de moelle osseuse soient effectuées chaque année aux États-Unis, rares sont les cas où des échantillons d’ADN des patients sont recueillis avant et après la procédure, afin d’évaluer les modifications apportées à leur génome. Selon le Dr Mehrdad Abedi, de l’université de Californie, qui a suivi Long, la vasectomie que ce dernier avait subie suite à la naissance de son second enfant pourrait expliquer en partie pourquoi son liquide séminal a fini par contenir uniquement l’ADN du donneur. Mais d’autres recherches seront nécessaires afin de comprendre le mécanisme exact à l’origine de ce changement.

Le cas de Long soulève de nombreuses interrogations concernant l’utilisation de l’ADN comme preuve dans des affaires judiciaires. Si un homme dans la situation de Long venait à commettre un crime sexuel et que les enquêteurs recueillaient des échantillons de son liquide séminal, le donneur de moelle osseuse pourrait alors être accusé du crime en l’absence de preuves supplémentaires. De ce fait, une comparaison de l’ADN de plusieurs parties du corps de l’accusé pourrait se révéler nécessaire afin de pouvoir prouver sa culpabilité.

Selon Andrew Rezvani, chercheur à l’université de Stanford, le fait que les cellules de Long aient été remplacées par celles d’une autre personne ne devrait toutefois pas avoir d’impact néfaste sur son organisme.


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