Aussi grossière qu’impertinente, la BD Georges Clooney vous surprendra par ses dessins et ses dialogues déjantés

Le webcomic, en pleine expansion, offre une tribune à des créateurs de tous horizons, aussi bien professionnels qu’amateurs et séduit de plus en plus de lecteurs sur la toile. C’est le cas de la bande dessinée Georges Clooney, une création de l’auteur Philippe Valette qui nous fait découvrir un héros raté et grossier. SooGeek vous présente une petite pépite du web devenue star de la BD.

 

 

A l’origine de ce projet, il y a la volonté d’un homme de raconter des petites histoires improvisées à la narration simple, dans le but de faire rire ses amis. Apres les avoir diffusées sur son blog, Philippe Valette a décidé de continuer sur sa lancée en assumant chacune des petites erreurs de ses BD : les dessins ne sont pas parfaits, les textes comprennent de nombreuses fautes et l’ensemble est fait au feutre. Inspiré du film Super (2011), Georges Clooney n’a rien du super-héros auquel nous avons été habitués car à part un costume bien moulant, il ne vit que pour la violence, les insultes et les doubles cheese.

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Petit à petit, la rumeur se propage et Georges Clooney devient un phénomène du web : ce héros vulgaire et graveleux trouve son public, le nom de son auteur est dévoilé et un premier tome de sa bande dessinée est annoncé. C’est la maison d’édition Delcourt qui s’accorde avec l’auteur pour faire paraître un recueil de ses histoires et le succès est au rendez-vous. « Une Histoire Vrai » sera suivi d’un second tome nommé « Mi-Homme Michel » et aux parutions s’ajoutent les expositions parisiennes et les festivals de BD.

Un succès à la fois mérité et surprenant pour une bande dessinée qui ne cherche pas à épater son lecteur : les personnages semblent avoir été dessinés d’un seul trait et construits sans trop de prise de tête comme Michel, un policier transformé en « saucisse apéro », une serveuse du McDo à la forte poitrine ou encore une tortue ninja cambrioleuse. Cette démarche un peu « je-m’en-foutisme » sert à la qualité de la bande dessinée. A ce propos, Philippe Valette a d’ailleurs déclaré à Brain-Magazine : « Quand j’ai commencé, je voulais éliminer le maximum de contraintes, par frustration de ne pas pouvoir produire tous les projets que j’ai depuis des années et qui s’accumulent sur mon bureau. Je fantasmais depuis longtemps là-dessus et je me demandais souvent si, un jour, je pourrais retrouver cette spontanéité que l’on avait, gamin, entre potes, lorsqu’on dessinait des conneries pour se faire marrer. » En sautant des étapes et en prenant soin de rester spontané, l’auteur s’assure de garder une certaine liberté dans son processus de création.

 

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Pour rester dans la même lignée qu’à ses débuts, Philippe Valette a dû redoubler d’efforts : lui qui souhaitait créer un personnage aussi idiot que looser a terminé son premier tome en faisant de Georges Clooney un héros assumé. Il lui a donc fallu, pour le second livre, revenir aux sources pour proposer à ses lecteurs un personnage plus nul que jamais. Devenu célèbre dans le premier opus, l’homme au costume rouge et jaune a du mal à s’adapter à sa nouvelle renommée et il doit faire face à toutes sortes de dilemmes idiots ou plus sérieux et notamment une grosse crise identitaire.

C’est une réussite : les scénarios sont légers, les dialogues ne s’embêtent pas de belles tournures et on y trouve toutes sortes de références à la culture populaire, à la culture geek ainsi qu’au web en général. Facebook, Google, crowdfunding ou Android, sont de ces mots placés par l’auteur qui assume pleinement l’origine de son succès et le premier support média de sa bande dessinée.

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Attention toutefois, Georges Clooney divise les foules et si les plus sceptiques voudront arrêter leur lecture à la première blague pipi/caca, d’autres continueront et se surprendront à rire des idioties du personnage et de certains rebondissements quelque peu bas-de-plafond. En parcourant les sites dédiés au neuvième art, vous trouverez toutes sortes d’avis différents sur cette création pour le moins originale et si les commentaires positifs sont monnaie courante, quelques réactions de lecteurs perplexes peuvent sauter aux yeux. Certains ne comprennent pas comment une telle bande dessinée a pu être publiée, ce à quoi la communauté de fans n’a de cesse de répondre qu’il s’agit d’une bande dessinée moderne réalisée sans restriction ou contrainte. Cette BD agresse son nouveau lecteur aussi bien par ses dessins que son vocabulaire mais une fois plongé dans les aventures du personnage, il devient difficile de s’en priver.

Georges Clooney est un OVNI dans le monde de la bande dessinée. Vulgarité et traits grossiers en ont fait une oeuvre différente de ce à quoi les amateurs de BD sont habitués et heureusement, l’âme de ce webcomic a su être protégée lors de son passage sur papier. Les lecteurs sont au rendez-vous et attendent impatiemment les prochaines aventures de ce personnage si déjanté et dérangeant. Dans le cas où vous ne connaitriez pas la BD, sachez que vous trouverez le travail de Philippe Valette sur son blog et si au contraire, vous vous êtes déjà essayé à sa lecture, vous avez rapidement pu vous en faire une idée. Lecteurs de Georges Clooney, pensez-vous que ce héros correspond à son époque ou qu’il s’agit d’un personnage trop provocant ?


A ceux qui osent, rien n’est impossible.

— Matthew Gregory Lewis