S’il avait été précédemment montré que le fait de partager se révélait à la fois bénéfique pour celui qui donnait et pour celui qui recevait en termes de santé, cette nouvelle étude allemande suggère que la générosité est en réalité bien plus profitable que ce que les chercheurs estimaient jusqu’à présent.

« Cette générosité partagée peut refléter la force des liens sociaux »

Dans le cadre de ces travaux récemment publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, une équipe de chercheurs de l’Institut Max Planck a déterminé que les personnes vivant dans des sociétés considérées comme « généreuses », possédaient une espérance de vie beaucoup plus longue. « La volonté de partager a été d’une importance capitale pour notre réussite évolutive passée et notre vie quotidienne actuelle. Ici, nous documentons une forte relation linéaire entre le degré de générosité, à la fois dans la sphère publique et privée, d’une société et la durée de vie moyenne de ses membres », avancent les auteurs de l’étude.

« Provenant de 34 pays sur six continents, nos résultats suggèrent que la longévité est plus élevée dans les sociétés dont les membres se soutiennent et prennent davantage soins les uns des autres. Nous suggérons qu’un tel soutien réduit la mortalité en répondant aux besoins matériels urgents, et que cette générosité partagée peut refléter la force des liens sociaux, qui eux-mêmes bénéficient à la santé et au bien-être des personnes et augmentent indirectement leur espérance de vie. »

Selon les chercheurs, leur étude est la première du genre à se pencher sur les effets de la redistribution de ressources dans la sphère privée (au sein d’une même famille) et publique. « Les transferts intergénérationnels sont comme des dons d’un âge ou d’une génération à l’autre, qui ont lieu entre membres d’une même famille, par exemple des parents aux enfants, ou par le biais du secteur public, via les prestations de retraite ou les soins de santé financés par les contribuables », expliquent les auteurs de l’étude.

— Chinnapong / Shutterstock.com

Des taux de mortalité nettement plus faibles pour les pays dont les ressources sont davantage redistribuées

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé les données de 34 pays, compilées dans le cadre du National Transfer Accounts Project. L’ensemble des transferts de ressources publics et privés reçus et donnés par chaque individu ont été pris en compte et comparés à la somme des revenus perçus au cours de sa vie. « En comparant cette mesure globale entre les pays, nous avons constaté que la générosité était positivement liée à la longévité. Un résultat faisant écho à l’effet positif du comportement prosocial sur la santé », souligne l’équipe.

Ces travaux ont montré que les pays d’Afrique subsaharienne comme le Sénégal possédaient le plus faible pourcentage de revenus redistribués et les taux de mortalité (y compris pour les enfants et les jeunes de moins de 20 ans) les plus élevés parmi les nations étudiées. Si l’Afrique du Sud se révélait plus développée sur le plan économique, les scientifiques ont constaté que peu de ressources étaient redistribuées. « Nos analyses suggèrent que la redistribution influence le taux de mortalité d’un pays, quel que soit le produit intérieur brut par habitant », estime Fanny Kluge, auteure principale de l’étude.

Il s’est avéré que la France et le Japon, où le citoyen moyen donnait et recevait entre 68 et 69 % du revenu perçu au cours de sa vie, possédaient les taux de mortalité les plus bas de l’étude. Tandis qu’en Chine et en Turquie, où 44 à 48 % du revenu était redistribué, le risque de mourir l’année suivante se révélait deux fois plus élevé que pour les deux premières nations citées.

« Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que la relation entre la générosité et le revenu perçu au cours de la vie que nous avons décrite ne dépend pas du fait que les prestations proviennent de l’État ou de la famille au sens large », déclare Kluge. « Ces deux facteurs contribuent conjointement à la longévité des sociétés. »

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