
La soif de conquête de notre espèce semble sans limite. Pour autant, de nombreux sommets du globe n’ont toujours pas été foulés. Le plus illustre restant sans doute le Gangkhar Puensum, qui culmine à 7 570 mètres.
Le « sommet blanc des trois frères spirituels »
Moins « sexy » que l’Everest et les 13 autres sommets de plus de 8 000 mètres, tous situés dans l’Himalaya et le Karakoram, cette montagne sacrée marquant la frontière entre la Chine et le Bhoutan a, jusqu’à présent, résisté à tous ceux qui ont osé s’y frotter (métaphoriquement bien sûr).
Entre 1985 et 1986, des équipes japonaise, américaine, autrichienne et britannique ont tenté son ascension, mais ont toutes dû rebrousser chemin avant d’atteindre les 7 000 mètres. Bien que le Gangkhar Puensum soit réputé pour ses conditions souvent dantesques, notamment des vents violents, le principal obstacle se dressant aujourd’hui sur la route des alpinistes est d’une toute autre nature.
La majeure partie du massif concerné, ainsi que le sommet du Gangkhar Puensum, se trouve en effet côté bhoutanais, qui a officiellement interdit son ascension en 1994, ainsi que celle de ses voisins de plus de 6 000 mètres (étendue à l’ensemble des pics du pays un peu moins d’une décennie plus tard) pour plusieurs raisons.
La principale est d’ordre logistique : les services de secours locaux sont bien trop limités pour pouvoir venir efficacement en aide aux alpinistes s’ils venaient à rester bloqués sur cette montagne isolée et exigeante. Les autres sont spirituelles, avec un « sommet blanc des trois frères spirituels » qui, selon la tradition bouddhiste, abriterait des « yul lha », divinités gardiennes qui n’apprécieraient pas particulièrement que leur demeure soit profanée par des humains, ainsi que le Migoi (ou yéti) et des Druks (ou dragons de tonnerre).

Une dernière tentative officielle en 1998
En 1998, malgré l’interdiction, une équipe d’alpinistes japonais a tenté d’atteindre le sommet depuis le versant tibétain, la Chine affirmant alors que le pic se trouvait en réalité sur son territoire.
D’après Tamotsu Nakamura, les autorités bhoutanaises ont obtenu l’annulation immédiate du permis d’ascension, forçant le grimpeur japonais et ses camarades à se rabattre sur le Liangkang Kangri, parfois désigné comme le Gangkhar Puensum Nord, où ils ont obtenu un aperçu unique du sommet qu’ils convoitaient initialement. « Nous pouvions voir sa longue arête acérée, qui semblait redoutable », écrivait Tsuguyasu Itami, également membre de l’expédition.
Dans le contexte actuel, seules des tentatives officieuses, et, au regard des précédentes, bien périlleuses, pourraient voir le Gangkhar Puensum être finalement dompté.
Au cas où vous l’ignoriez, la plus longue chaîne de montagnes du monde serpente autour de la Terre.