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Pour la première fois, des fourmis en guerre ont été observées en train de soigner leurs congénères

Pour préserver la colonie durant les grandes guerres qui les opposent aux termites, les fourmis Matabele récupèrent leurs blessés puis leur administrent des soins. Ce comportement, typiquement humain, s’étend donc à la sphère animale mais présente quelques différences avec nous autres…

 

Fourmis VS termites

En Afrique, une espèce de fourmis livre une guerre sans pitié à leurs proies préférées : les termites ouvrières. Lorsqu’une éclaireuse découvre la cachette de ces blattoptères, elle alerte ses petites camarades, qui lancent ensuite l’assaut avec des centaines de soldats prêts à en découdre. Les termites, quant à elles, ne sont pas sans défenses et se servent de leurs puissantes mandibules pour se libérer de l’envahisseur.

Qui dit guerre dit violence, brutalité, sang, et parfois décès. Mais les fourmis Matabele ne sont pas comme toutes les autres espèces animales – elles défient la mort comme personne. Et pour ce faire, elles adoptent un comportement typiquement humain. Tandis que les plus petites fourmis tuent les termites, les plus grosses recueillent les blessées qui jonchent le sol. Dans l’espoir, et même le but, de les soigner et de les sauver d’une mort certaine.

 

Des soins découverts en 2017

À l’époque, Erik T. Frank, à l’origine de l’étude publiée récemment dans la revue Proceedings of the Royal Society, analysait déjà cette espèce hors du commun. Il a ainsi découvert en 2017 que les fourmis Matabele récupéraient leurs congénères blessés et leur administraient des soins leur permettant de survivre. S’il n’est pas rare d’observer des animaux se soigner eux-mêmes, seuls quelques comportements comme celui des fourmis Matabele ont pu être constatés. C’est le cas par exemple de ce capucin qui a confectionné outils et matériaux médicaux pour soigner la tête de son enfant.

Cette méthode de soins demeure toutefois la première jamais observée chez un invertébré. Pour prouver ce fait, l’équipe d’Eric T. Frank a mené quelques expérimentations. En créant un abri artificiel pour fourmis, lui et son équipe se sont rendus compte que non soignées, 80 % des fourmis blessées mouraient dans les 24 heures. Mais si leurs congénères s’occupaient d’elles, seuls 10 % des spécimens succombaient à leurs blessures.

LES FOURMIS INFIRMES ÉMETTENT UN SIGNAL CHIMIQUE POUR AVERTIR LEUR COMPÈRES D’UN BESOIN IMMINENT D’AIDE.

Autre découverte datant de 2017 : si les fourmis blessées étaient placées dans un environnement stérile, alors 80 % d’entre elles persistaient. Eric T. Frank en a donc conclu que les infections constituaient la principale cause de décès chez les fourmis mutilées.

Également, l’année dernière, les chercheurs ont constaté que les fourmis infirmes émettaient un signal chimique pour avertir leurs compères d’un besoin imminent d’aide. En suivant ce signal, les blessées pouvaient donc être rapatriées.

 

Une stratégie bien rodée chez les Matabele

La récente étude du scientifique, officiant désormais à l’Université de Lausanne en Suisse, démontre que le procédé est encore plus complexe que prévu. Pour attirer l’aide de leurs comparses proches, les fourmis blessées n’hésitent pas à mettre en exergue leurs blessures… quitte à exagérer un petit peu ! Elles tombent, se figent, et paraissent encore plus infirmes qu’elles ne le sont réellement.

Pour autant, cette technique n’est pas adoptée par celles qui savent leurs jours condamnés. À vrai dire, celles dont les blessures conduisaient à une mort certaine (qui avaient par exemple 5 pattes arrachées) n’étaient pas aidées par les autres Matabele. Non pas par égoïsme ou par cruauté, et non plus pour préserver leurs ressources, mais tout simplement parce que les mutilées n’acceptaient pas l’aide qu’on leur proposait !

LES MUTILÉES N’ACCEPTAIENT PAS L’AIDE QU’ON LEUR PROPOSAIT !

Même en appliquant aux fourmis blessées le fameux signal chimique, aucun congénère ne parvenait à les aider. La faute à des gesticulations intenables qui empêchaient les « médecins » de leur prodiguer des soins.

« Chez les humains, la décision ou non de sauver une personne provient du médecin. C’est un système hiérarchique. Chez les fourmis, c’est l’exact contraire », déclare Eric T. Frank. « Ainsi, les cas désespérés s’assurent qu’aucune énergie n’est investie dans leur sauvetage ». Cette découverte pose de nombreuses autres questions : y a-t-il d’autres espèces de fourmis capables de tels comportements ? Le scientifique assure : « Il est très probable que d’autres espèces de fourmis, et d’autres insectes sociaux, soignent leurs blessés ». Des recherches passionnantes qui vont sans aucun doute lui prendre de longs mois…

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