Les tubes cristallins visibles dans la partie gauche de l’image pourraient s’être formés lorsque le squelette à base de collagène d’une éponge vieille de 890 millions d’années s’est décomposé et fossilisé. Certaines éponges modernes possèdent des structures internes (à droite) semblables aux formes observées au sein des échantillons. — © Elizabeth C. Turner

Un mystérieux fossile vieux de 890 millions d’années a récemment été mis au jour au Canada. S’il est confirmé que celui provient effectivement d’une éponge, il deviendra la plus ancienne preuve physique connue de vie animale sur Terre.

D’étranges réseaux ramifiés

Si nous remontions le fil de l’arbre de la vie, nous arriverions finalement au dernier ancêtre commun de tous les animaux. Mais la date exacte à laquelle cette créature a vécu et son apparence font l’objet d’un vif débat au sein de la communauté scientifique. Des chercheurs ont estimé qu’elle serait apparue à l’ère néoprotérozoïque, il y a entre 1 000 millions et 541 millions d’années, mais nous n’avons pas encore trouvé de preuves physiques pour le démontrer, car les premiers animaux étaient des créatures au corps mou, sans parties rigides susceptibles de se fossiliser facilement.

Les plus anciens spécimens d’animaux remontent à la période édiacarienne, il y a 555 millions d’années, mais de nombreux scientifiques pensent que nos plus anciens parents sont bien plus vieux que cela et qu’ils ressemblaient potentiellement à des éponges.

Créatures essentiellement stationnaires, dépourvues de système nerveux, digestif ou circulatoire, et présentant une organisation tissulaire grossière, les éponges constituent actuellement le type d’animal le plus élémentaire. Alors que la plupart de leurs représentants modernes possèdent des parties dures à base de silice appelées spicules, les premiers spécimens ne possédaient vraisemblablement pas de telles structures, ce qui explique leur absence des registres fossiles.

Chelonaplysilla violacea, un type d’éponge kératosique moderne — © Philippe Bourjon / CC BY-SA 3.0

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature, la géologue canadienne Elizabeth Turner, de l’université Laurentienne, a mis au jour ce qui pourrait bien être le plus ancien fossile d’éponge connu. Ce dernier a été identifié au sein d’échantillons de roche provenant d’un récif construit par des cyanobactéries et vieux de 890 millions d’années. Il s’est avéré que les fragments contenaient des réseaux ramifiés de structures tubulaires. Connues sous le nom de microstructure vermiforme, celles-ci ressemblent au tissu décomposé d’une éponge kératosique, un type d’éponge moderne qui possède un squelette fibreux au lieu de spicules.

Une vie animale plus précoce que prévu

Selon Turner, lorsque la matière molle de l’éponge s’est dissoute, elle a laissé derrière elle une structure fibreuse s’étant décomposée plus lentement. En disparaissant, cette structure a laissé des espaces qui ont été comblés par le calcium, qui a cristallisé et préservé ces réseaux de fibres. Si ces échantillons s’avèrent effectivement contenir les reliques d’une éponge primitive, ils deviendraient la plus ancienne preuve physique de vie animale sur la planète, précédant de 350 millions d’années les plus anciens fossiles d’éponge incontestés. Ce qui pourrait signifier que ces organismes ont peu changé à l’échelle de centaines de millions d’années.

Nous savons que la vie unicellulaire existe sur notre planète depuis environ 3,5 milliards d’années, mais certains chercheurs pensent qu’il a fallu un changement climatique majeur (caractérisé par une série d’intenses périodes glaciaires il y a entre 720 et 635 millions d’années), pour pomper l’oxygène dans l’atmosphère et créer les conditions nécessaires à l’évolution de la vie multicellulaire.

Par conséquent, la confirmation de la nature de ce fossile vieux de 890 millions d’années signifierait non seulement que les animaux sont apparus bien plus tôt que prévu, mais qu’ils ont également survécu à des glaciations massives, possiblement en vivant au sein d’habitats réchauffés par la chaleur géothermique.

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