Contrairement à ce que les scientifiques pensaient, les glaces les plus anciennes et épaisses composant la calotte glaciaire du Groenland, second plus grand réservoir d’eau douce au monde, se trouvent être les plus vulnérables à la fonte. Selon cette nouvelle étude, celles-ci fondraient même deux fois plus vite que la glace dans le reste de l’Arctique.

« Nous ne pouvons plus considérer la dernière zone de glace comme une zone monolithique et éternelle »

Alors que la majeure partie de la glace recouvrant l’Arctique a entre un et quatre ans, celle de la « dernière zone de glace » a plus de cinq ans et peut mesurer plus de 4 mètres d’épaisseur. Selon cette étude publiée dans la revue Geophysical Research Letters, la glace la plus ancienne devient de plus en plus mince dans deux sous-régions de l’océan Arctique, qui, combinées, ont perdu plus d’1m50 d’épaisseur de glace depuis la fin des années 1970. « Nous ne pouvons plus considérer la dernière zone de glace comme une zone monolithique et éternelle », a expliqué Kett Moore, auteur principal de l’étude.

Après avoir modélisé la couverture, l’épaisseur et le mouvement de la glace de mer dans la « dernière zone de glace » sur une période de 40 ans à partir d’observations satellites et de données atmosphériques, les chercheurs ont estimé que cette dernière fondait deux fois plus rapidement que celle des autres régions de l’Arctique. Un phénomène principalement dû aux mouvements atmosphériques et océaniques. « Nous considérions auparavant cet endroit comme une région ne recevant que de la glace », a expliqué le climatologue David Barber. « Mais ces résultats nous montrent qu’il s’agit en réalité d’une zone dynamique. »

Le réchauffement global empêche la formation de nouvelles glaces durant la période froide

Il y a quelques mois, une étude parue dans la revue PNAS avait estimé que les inlandsis massifs du Groenland fondaient deux fois plus rapidement qu’il y a dix ans à peine. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland ayant entrainé une hausse du niveau de la mer de plus 6 mm depuis 2011, ces nouvelles estimations du taux de fonte se révèlent particulièrement alarmantes. « Si l’on examine les projections des modèles climatiques, on peut s’attendre à voir de plus grandes zones de la calotte glaciaire fondre pendant de plus longues périodes de l’année et à des pertes de masse plus importantes à l’avenir », ont expliqué ses auteurs.

Alors que la glace du Groenland diminue durant les mois les plus chauds de l’été depuis des décennies, le rapport paru dans la revue PNAS avait également révélé que celle du Groenland n’avait pas développé de nouvelle masse de glace depuis 1998, ce qui suggère que même la saison froide est devenue trop chaude pour la formation de nouvelles glaces. « Même si certaines zones de la calotte glaciaire sont restées extrêmement froides et ont connu une faible fonte de surface l’année passée, celle-ci continue de s’accélérer et entraîne une importante perte de masse », a précisé Eric Rignot, co-auteur du rapport.

Depuis 1972, le Groenland a déjà perdu 4 976 gigatonnes de glace. Selon la NASA, la fonte totale de sa calotte glaciaire entraînerait une hausse du niveau de la mer de 7,4 m. Les chercheurs estiment par ailleurs que l’Arctique pourrait être vierge de toute glace durant la période estivale dès 2030.

— Nicolaj Larsen / Shutterstock.com

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