— Jakub Kyncl / Shutterstock.com

Célèbre pour ses palais et ses temples, la célèbre cité maya de Tikal a vraisemblablement perduré pendant des millénaires grâce à un ingénieux système de filtration d’eau, qui se trouve être le plus ancien connu du genre.

« En matière de gestion de l’eau, les Mayas avaient des millénaires d’avance »

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Scientific Reports, des chercheurs américains ont identifié un minéral volcanique capturant les microbes et les métaux lourds dans l’un des plus grands réservoirs d’eau de la cité maya. En l’absence d’autres traces de ce matériau dans l’environnement proche de Tikal, l’équipe a déduit qu’il s’agissait d’un système de filtration délibéré, remettant en cause la croyance de longue date voulant que les prouesses technologiques du monde antique se soient concentrées dans des endroits tels que la Grèce, Rome, l’Égypte et la Chine.

« En matière de gestion de l’eau, les Mayas avaient des millénaires d’avance », explique Kenneth Tankersley, géologue à l’université de Cincinnati et auteur principal de l’étude.

Nichée dans les forêts tropicales du nord du Guatemala, Tikal a prospéré pendant plus de 1 000 ans et aurait abrité plus de 45 000 personnes au plus fort de sa croissance, vers 700 avant J.-C. « C’était l’une des principales cités mayas », note Kenneth Dunning, co-auteur de l’étude. Mais les habitants de Tikal devaient faire face à une saison sèche s’étalant de novembre à avril. « Le stockage de l’eau dans des réservoirs était une solution, mais celle-ci devait être potable », souligne de son côté l’archéologue Lisa Lucero, n’ayant pas participé aux recherches. « Il était essentiel de garder l’eau propre. »

Cristaux de zéolithe vus au microscope électronique — © Roland.chem / Wikimedia Creative Commons

Des cristaux capables de purifier l’eau en emprisonnant microbes et métaux lourds

Quelques années auparavant, Dunning et ses collègues avaient découvert avec étonnement que l’un des plus importants réservoirs de Tikal, le Corriental, était beaucoup moins contaminé que les autres par les métaux lourds et les algues toxiques. Émettant l’hypothèse que les Mayas filtraient l’eau entrant dans celui-ci d’une façon ou d’une autre, ceux-ci ont procédé à une analyse poussée des sédiments se trouvant au fond du réservoir, et identifié quatre couches de cristaux de quartz distinctes, de quelques centimètres d’épaisseur.

Cependant, ces cristaux brunâtres de la taille de grains de sable se révélaient insuffisants pour capturer l’ensemble des microbes nocifs. En examinant le quartz de plus près, l’équipe a découvert qu’il était parsemé de cristaux de zéolithe encore plus petits, un type de minéral volcanique capable de purifier l’eau en emprisonnant à la fois les microbes et les métaux lourds dans une structure poreuse.

« Presque tout ce que nous buvons aujourd’hui, de l’eau en bouteille au vin, est filtré grâce aux zéolithes », rappelle Tankersley.

Le système de filtration supposé de Tikal, utilisant du quartz et de la zéolithe pour éliminer à la fois les métaux lourds et les contaminants biologiques — © Kenneth Barnett Tankersley / Université de Cincinnati / Scientifc Reports Creative Commons

« Cette découverte est un puissant rappel des technologies avancées utilisées par les Mayas »

S’il est peu probable que les Mayas aient eu connaissance de la présence et du rôle des zéolithes, ces derniers n’auraient pas manqué de remarquer les impressionnantes capacités purificatrices offertes par les roches en contenant. Selon l’équipe, une formation rocheuse riche en quartz et en zéolithes localisée à environ 30 kilomètres au nord-est de Tikal constituerait la source la plus probable des matériaux découverts dans le réservoir de Corriental. « L’eau de ce site était claire et avait bon goût », précise Tankersley.

Bien que ces sédiments constituent aujourd’hui les seuls vestiges du système de filtration utilisé par les Mayas, les chercheurs pensent que des tapis en roseaux tissés retenaient probablement des roches contenant du quartz et des zéolithes sous l’eau, en amont des entrées du réservoir. Une telle installation aurait été périodiquement balayée par des crues soudaines à la suite de violents orages, ce qui expliquerait la présence de couches sédimentaires à sa base.

« Cette découverte est un puissant rappel des technologies avancées utilisées par les Mayas, et illustre une nouvelle fois les prouesses accomplies par les peuples anciens », conclut Lucero.

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