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De nombreuses statistiques le prouvent : les filles et les femmes subissent de grandes inégalités au sein de la société d’aujourd’hui, patriarcale. L’une de ces inégalités réside par exemple dans le fait que les femmes sont véritablement sous-représentées dans les champs scientifiques, technologiques et innovants. Mais cela commence bien plus tôt : peu de lycéennes s’engagent dans des voies scientifiques. Peu de diplomées du bac s’orientent vers des études scientifiques. 

LES PETITES FILLES S’AUTOCENSURENT

Les statistiques que nous évoquions plus haut témoignent bien de ces inégalités. En outre, en France, seulement 1/3 des postes du domaine scientifique sont occupés par des femmes, et elles ne représentent que 15 % des diplômés du numérique

Nous pouvons expliquer ce phénomène par l’autocensure que s’imposent les jeunes femmes et jeunes filles, et que l’on connaît déjà. Mais ce que l’on trouve le plus ahurissant dans cette histoire est le fait que cette autocensure commence aussi tôt que l’âge de 6 ans, comme le montre une étude publiée récemment dans la revue Science et qui dresse des conclusions profondément stupéfiantes. Apparemment, les petites filles de 6 ans auraient déjà à cet âge intégré le stéréotype selon lequel elles seraient moins intelligentes que les garçons. C’est pourquoi elles éviteraient les activités scientifiques, qu’elles ne jugeraient pas pour elles.

Andrei Cimpian, chercheuse en psychologie à l’université de l’Illinois, aux États-Unis, affirme dans un communiqué que « ce stéréotype apparaissant très tôt pourrait influencer leurs aspirations et leurs choix de carrière plus tard ». La preuve de ces stéréotypes est corroborée par les nombreux jouets genrés que nous pouvons trouver dans les magasins pour enfants et qui représentent souvent les filles en parfaites petites ménagères (le packaging est tout rose) et les petits garçons en brillants petits scientifiques (le packaging est tout bleu). 

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CE QUE L’ÉTUDE NOUS A FAIT DÉCOUVRIR

Voici comment l’étude a été réalisée. Les scientifiques ont interrogé des enfants âgés entre 5 à 7 ans lors d’une série d’expériences. Dans la première expérience, 96 enfants, dont la moitié était des filles, ont écouté une histoire à propos d’une personne dont la principale caractéristique était qu’elle était “vraiment très intelligente”. On leur a ensuite demandé de deviner, entre 4 adultes (2 hommes et 2 femmes) qui était le personnage principal de l’histoire. Ils leur ont également montré des photos d’inconnus et leur ont demandé qui était le plus intelligent selon eux. Les enfants de 5 ans n’ont fait aucune différence entre les deux genres, contrairement aux enfants de la tranche d’âge 6-7 ans. Les filles de cette tranche d’âge, tout particulièrement, avaient moins tendance à associer leur propre genre à l’intelligence, contrairement aux garçons. Les chercheurs ajoutent que le constat est similaire, “quel que soit le niveau socioéconomique et l’origine ethnique des enfants ».

Les enfants ont ensuite réalisé une seconde expérience, qui portait cette fois-ci sur l’influence des stéréotypes sur leurs intérêts. Cette fois-ci, 64 enfants entre 6 et 7 ans ont pris part à l’expérience. Ils ont testé deux jeux. Sur le premier, il était écrit qu’il était adressé aux enfants “vraiment très intelligents” et sur le deuxième, qu’il était adressé aux enfants “qui font de leur mieux”. En réalité, le contenu et les règles du jeu étaient presque les mêmes. Les chercheurs ont ensuite interrogé les enfants afin d’évaluer leur intérêt pour chacun des deux jeux. Le résultat est sans appel : les filles ont nourri bien moins d’intérêt pour le jeu destiné aux enfants brillants que les garçons. Ils ont ensuite réitéré cette expérience avec 96 autres enfants de 5 à 6 ans ; aucune différence n’a été observée entre filles et garçons de 5 ans, mais le résultat fut le même que lors des expériences précédentes avec les filles de 6 ans. 

Nous ne pouvons expliquer ce décalage avec certitude, néanmoins, nous pouvons penser que de nombreuses représentations sexistes présentes au sein de notre société ont un grand rôle dans l’obtention de ces résultats. Les discriminations s’installent en effet dès l’enfance, nous le voyons dans les divers stéréotypes que nous inculquons aux enfants (les garçons sont turbulents et les filles sont calmes, les garçons aiment les voitures et les sciences et les filles les princesses et les animaux, etc.), mais également dans la façon de représenter les filles et les garçons dans la littérature enfantine, et dans la façon de genrer les jouets (un kit de nettoyage rose pour les petites filles et un kit de bricolage bleu pour les petits garçons). Certains considèrent même que ces stéréotypes s’installent dès la crèche.

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