Des “fermes de sang” torturent et mutilent des milliers de juments pour le compte des laboratoires

Le 6 octobre, deux ONG dédiées à la protection animale ont dévoilé, via la chaîne YouTube Welfarm TV, les odieuses pratiques des préleveurs de sang équin. Une enquête étalée sur deux ans aux révélations chocs et qui nous convainc que l’être humain est une cause perdue.

 

La Genèse

Janvier 2013 : le scandale Findus ébranle les îles Britanniques et la France. La viande hachée certifiée bovine est en fait composée à 100 % de viande chevaline. Ce n’est pas le mensonge aux consommateurs qui indigne tant l’opinion publique, mais bel et bien l’origine de la viande : ça se mange les chevaux ? Apparemment oui. Si la plupart des Français avaient connaissance de cette pratique culinaire, les Anglais l’ignoraient totalement – imaginez un peu la stupeur nationale qui s’est emparée de ces grands adorateurs de polo !

Depuis l’affaire Findus, nombre d’associations se sont penchées sur cette filière extrêmement confidentielle et opaque. Parmi elles, nous retrouvons deux associations de défense animale : la TBS suisse et la AWF allemande. En mars 2015, les deux ONG démarraient leur enquête sur le commerce de la viande chevaline. Mais leurs découvertes les ont menées dans une toute autre direction, plus révoltante et inhumaine que l’abattage de destriers : les  « fermes à sang. »

« Money, money, money ! »

La capacité d’adaptation de l’être humain est sidérante. C’est à elle que nous devons notre survie et notre « supériorité » sur tout ce qui vit et respire. C’est aussi cette formidable aptitude au changement qui différencie les bons des mauvais businessmen : les meilleurs sentent le vent tourner avant même que le moindre courant d’air n’ait effleuré leur visage. Une poignée de ces self-made men argentins et uruguayens sont ainsi parvenus à considérablement s’enrichir, malgré la déréliction de la consommation de viande équine, en se lançant dans la pharmaceutique.

Dans les années 80, les scientifiques découvraient que les juments en pleine gestation produisaient une hormone miracle : la gonadotrophine chorionique équine – l’eCG. Miraculeuse petite hormone qui « stimule les ovaires et synchronise les cycles ». Elle peut augmenter le nombre d’ovulations et aussi traiter les cas d’infertilité », assure le Pr. Jean-François Bruyas, vice-président de la fédération des syndicats vétérinaires de France (FSVF). Un atout indispensable aux éleveurs de chèvres et de brebis : ils recourraient systématiquement à l’eCG pour s’assurer une production laitière à l’année… Vendue 1 million d’euros les 100 grammes, l’eCG est une inestimable ressource que les propriétaires de ces fermes sordides espèrent bien produire jusqu’à la dernière jument de leur élevage.

Capitalisme > Humanisme

TSB et AWF ont approché cinq fabriques d’eCG, toutes situées en Amérique du Sud – l’Argentine et l’Uruguay en sont les principaux acteurs. Elles sont toutes construites sur le même modèle : d’immenses hangars en tôle perdus au milieu de nulle part où sont parquées des dizaines, parfois des centaines de juments. La loi du profit étant la seule qui imprègne le coeur des propriétaires, les animaux sont privés de leur statut d’êtres vivants doués d’émotions. Ils sont quotidiennement battus, frappés, fouettés, massacrés par une main d’oeuvre ignare et criminelle, trop heureuse de décharger ses peines et ses frustrations sur ces pauvres bêtes sans défense.

« Au bout de trois à quatre ans, les juments qui ont survécu à ces années de maltraitance, épuisées et stériles partent à l’abattoir pour alimenter le commerce de la viande chevaline, exportée notamment vers la France. »

Le temps, c’est de l’argent : à quoi bon le gaspiller à soigner des animaux condamnés à finir dans des barquettes de plats préparés labellisés « viande 100 % boeuf haché » ?  Les juments et les étalons sont livrés à eux-mêmes sur des pâturages quasi-désertiques : pas de complément ni de nourriture pour les plus faibles; pas de traitement, d’antibiotique, de bandage ou d’opération pour les blessés ; pas d’euthanasie pour les condamnés, c’est plus économique de les laisser pourrir au soleil et de ramasser les os une fois la décomposition terminée ! Un tiers des élevages périrait chaque année, champs et abattoirs confondus…

IVG Express

Les prélèvements de sang chargés en eCG surviennent entre le 40e et le 120e jour de gestation. Passé le 120e jour, donc aux alentours de 3 mois et demi, la jument qui n’en produit plus assez est avortée comme Rambo règle ses comptes : dans le sang. Les bourreaux la coincent dans un coin du hangar et lui percent violemment la poche contenant le liquide amniotique, sans anesthésie – histoire d’assumer pleinement son rôle de salaud jusqu’au bout. Une insupportable boucherie qui permet aux éleveurs sans scrupule d’avoir par jument jusqu’à 3 gestations en un an ! Un record quand on sait que la gestation dure habituellement 11 mois…

« De telles pratiques sont contraires aux lois de protection animale en vigueur en France. », dénonce Adeline Colonat, chargée de communication éditoriale à Welfarm. « Il est donc inacceptable que des laboratoires français se fournissent auprès de pays moins regardants en matière de bien-être animal. » Selon les estimations des ONG, 10.000 juments seraient exploitées au profit de la vente d’eCG, un commerce vieux de 30 ans et directement subventionné par le gouvernement uruguayen…

Plus précieux que les gemmes 

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les laboratoires pharmaceutiques s’emparent de l’eCG. Le laboratoire MSD Santé n’hésite d’ailleurs pas à commercialiser plusieurs produits élaborés à partir de cette hormone de la souffrance. Suite à la pétition aux 326.000 signatures, le labo a annoncé fin 2016 avoir cessé tous commerces avec les « fermes à sang » d’Amérique du Sud pour se concentrer exclusivement sur l’Islande, le seul pays européen à proposer des collectes de sang équin sous contrôle vétérinaire. Si MSD Santé a eu la bonne idée de changer de fournisseur, Ceva en est encore loin. Le laboratoire assume continuer à s’approvisionner auprès de Syntex en Argentine, malgré les alertes répétées de TSB sur les odieux traitements réservés aux animaux. Le labo se justifie : il a dépêché un expert indépendant accompagné d’une équipe en interne pour s’assurer que les conditions d’élevage étaient décentes. Résultat : aucune anomalie constatée par l’expert, ni par le Ministère de l’Agriculture argentin qui inspecte régulièrement la ferme…

« En mars 2016, le Parlement européen publiait un amendement déclarant que la production d’eCG dans les pays tiers n’était pas conforme aux standards de l’UE en matière de protection animale. »

Welfarm

Le commerce de l’eCG se poursuit en toute impunité grâce aux labos, mais surtout aux éleveurs. Et lorsqu’on demande leur avis sur la question, les langues restent obstinément flasques. L’association Welfarm a bien essayé d’extirper de leur léthargie les syndicats de la viande, de la filière porcine, et caprine – l’élevage de chèvres. Mais aucun n’a tenu à prendre position dans ce dossier; une manière aseptisée de dire qu‘aucun d’entre eux n’a eu le courage d’accuser réception du courrier de Welfarm… Le Conseil national de l’ordre des vétérinaires joue la prudence : «Le problème a été soulevé il y a peu en France. Nous n’avons été alertés qu’en janvier dernier. Les vétérinaires s’interrogent, la question est d’actualité », admet la Dre. Ghislaine Jançon, chargée de la commission bien-traitance animale.

Une pétition signée par près d’ 1,7 millions de personnes exhorte l’Union Européenne à interdire la vente et l’utilisation de ces hormones. C’est le Conseil européen qui aura le dernier mot. Espérons qu’il sera plus sage et plus inspiré que lorsqu’il était question de glyphosate...

 


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