Alors que les carnivores étaient jusqu’à récemment considérés par la communauté scientifique comme les plus menacés d’extinction, une vaste étude révèle que les herbivores, et plus particulièrement les grands herbivores, sont les plus susceptibles de s’éteindre. Explications.

Plus d’un quart des herbivores susceptibles de disparaître

Il y a un million d’années, l’extinction des grands herbivores changeait la trajectoire de la vie sur Terre, se traduisant par une vie végétale remodelée, ainsi qu’une altération du schéma des incendies et du cycle des nutriments, contribuant à rendre le climat terrestre légèrement plus froid. Dans le cadre de travaux récemment publiés dans la revue Science Advances, des chercheurs de l’université d’État de l’Utah ont estimé que les grands herbivores modernes (plus de 1 000 kg) pourraient bientôt subir le même sort que leurs lointains ancêtres, avec des conséquences encore incertaines pour la planète et l’ensemble des formes de vie qu’elle abrite.

Armés d’un ensemble de données sur le régime alimentaire de plus de 24 500 mammifères, oiseaux et reptiles, la scientifique Trisha Atwood et son équipe ont entrepris de déterminer qui des herbivores, carnivores ou des omnivores seraient les plus susceptibles de disparaître. Et il s’avère que leurs conclusions remettent en question une conception répandue depuis deux décennies, voulant que les prédateurs carnivores constituent le groupe le plus vulnérable face à la sixième extinction de masse.

Les résultats de leurs recherches ont montré que plus de 25 % des herbivores étaient aujourd’hui menacés d’extinction contre 17 % des omnivores et seulement 15 % des carnivores prédateurs. Et selon les scientifiques, il ne s’agirait pas d’un phénomène nouveau : les activités humaines auraient conduit à l’extinction disproportionnée des herbivores par rapport aux prédateurs depuis au moins la fin du Pléistocène, il y a entre 11 000 et 50 000 ans.

— Steven Gill / Shutterstock.com

Des conclusions qui bousculent les précédentes conceptions

« Parvenir à ces conclusions était quelque peu choquant », souligne Atwood. « Notre relation très médiatisée et tendue avec des prédateurs tels que les lions et les loups a conduit à la perception infondée que les pertes étaient plus importantes chez ces derniers que pour tout autre groupe trophique. »

L’utilisation de vastes ensembles de données pour mettre en lumière certaines conceptions erronées se révèle essentielle afin d’aider l’humanité à faire face aux extinctions futures. Le rôle d’une espèce dans son écosystème étant étroitement lié à son régime alimentaire, le fait de comprendre si les prédateurs, les herbivores ou les omnivores sont les plus menacés d’extinction permet aux scientifiques et à la société en général de comprendre les conséquences potentielles de leur disparition.

Pour Atwood, ces travaux soulignent la nécessité d’investir stratégiquement dans la conservation et la gestion des herbivores afin d’éviter de futurs changements spectaculaires dans les fonctions découlant de ces animaux se trouvant à la base des réseaux alimentaires mondiaux. Cependant, bien que les résultats de l’étude indiquent que les herbivores représentent le groupe le plus à risque, les prédateurs sont également menacés : l’équipe a constaté que les charognards et les animaux piscivores étaient particulièrement vulnérables.

« Documenter un modèle d’extinction n’est qu’un premier pas vers la réduction de la perte d’espèces »

« Nos résultats nous permettent d’identifier les régimes alimentaires spécialisés des carnivores associés à un risque d’extinction plus élevé, et aussi d’identifier les habitats dans lesquels vivent ces espèces », explique Edd Hammill, co-auteur de l’étude. « Il semblerait que les oiseaux de mer du monde entier souffrent de niveaux d’extinction disproportionnés. »

Pour mieux définir les actions de conservation à privilégier, les chercheurs s’efforcent maintenant de comprendre les raisons rendant les herbivores, les charognards et les piscivores plus susceptibles de disparaître que les autres animaux. « Documenter un modèle d’extinction n’est qu’un premier pas vers la réduction de la perte d’espèces. La prochaine étape va consister à comprendre les subtilités de ce schéma. Alors seulement nous aurons vraiment une chance de stopper ces futures extinctions », conclut Atwood.

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