Cette nouvelle étude menée par des chercheurs canadiens montre qu’en l’espace d’une vingtaine d’années, la probabilité qu’une population de bourdons survive dans un endroit donné a diminué de plus de 30 % en moyenne.

Prédire les extinctions de bourdons localement

Dans le cadre de leurs travaux, présentés dans la revue Science, des scientifiques de l’université d’Ottawa (Canada) ont établi un lien clair entre le concept de « chaos climatique » et les extinctions de nombreuses espèces, ayant débuté il y a des décennies. « Nous savons depuis un certain temps que le réchauffement climatique induit un risque croissant d’extinction pour les espèces animales du monde entier », explique Peter Soroye, auteur principal de l’étude. « Nous sommes désormais entrés dans la sixième extinction de masse, et il s’agit de la plus grande et de la plus rapide crise que traverse la biodiversité depuis l’impact de la météorite ayant mis fin à l’ère des dinosaures », ajoute le chercheur.

« Qu’il soit question de cultures ou de flore sauvage, les bourdons sont les meilleurs pollinisateurs dont nous disposions, et nos analyses montrent qu’ils disparaissent à un rythme compatible avec une extinction massive. Si leur déclin se poursuit à ce rythme, on pourrait assister à une chute spectaculaire de la biodiversité d’ici quelques décennies », avertit Soroye. Afin de prédire où ces extinctions se produiront, les chercheurs se sont penchés sur le changement climatique et la façon dont il augmente la fréquence d’évènements extrêmes (vagues de chaleur, sécheresse…) susceptibles de mettre en péril de nombreuses espèces de bourdons, possédant chacune un seuil de tolérance différent en matière de température.

« Nous avons créé une nouvelle façon de prédire localement les extinctions, qui nous indique, pour chaque espèce de bourdon, si le changement climatique induit des températures supérieures à celles qu’elles peuvent supporter », explique le chercheur Tim Bewbold.

— Jay-Dee / Shutterstock.com

Cette méthode pourrait également être appliquée à d’autres espèces animales

Afin de vérifier leur hypothèse et la fiabilité de leur nouvelle technique, les chercheurs ont utilisé des données portant sur 66 espèces de bourdons en Amérique du Nord et en Europe et collectées sur une période de 115 ans. « Nous avons constaté que les populations disparaissaient dans les zones où les températures moyennes avaient augmenté », précise Peter Soroye. « En nous appuyant sur notre nouvelle façon de quantifier l’impact du changement climatique, nous avons pu prévoir les changements pour des espèces individuelles et des communautés entières de bourdons avec une précision étonnamment élevée », ajoute le chercheur.

Les auteurs de l’étude estiment que leur méthode pourrait également être utilisée pour évaluer le risque d’extinction de nombreuses autres espèces animales (reptiles, oiseaux, mammifères…). « En théorie, elle pourrait être appliquée universellement à d’autres organismes. Avec un tel outil de prévision, nous espérons identifier les zones où des actions de conservation seraient essentielles afin d’enrayer leur déclin », précisent-ils, citant notamment le maintien de certains types d’habitats (arbres, arbustes et buttes) pour permettre aux bourdons de se protéger de la chaleur.

« En fin de compte, ces travaux montrent que nous devons nous attaquer au changement climatique en lui-même. Chaque mesure que nous prenons pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre y contribuera, et le plus tôt sera le mieux », estime le Dr Jeremy Kerr, ayant également participé à l’étude. « Il est dans notre intérêt d’agir, ainsi que dans celui des nombreuses espèces avec lesquelles nous partageons la planète », conclut le scientifique.

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