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Il y a quelques jours, l’explosion de près de 3 000 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans un entrepôt de Beyrouth ravageait la zone portuaire de la capitale du Liban. Voici tout ce qu’il faut savoir à son sujet.

Qu’est-ce que le nitrate d’ammonium ?

Produit en grandes quantités partout dans le monde, le nitrate d’ammonium est un composé chimique cristallin relativement bon marché. Si celui-ci est principalement utilisé comme source d’azote pour les engrais, il sert également à créer des explosifs pour l’exploitation minière. « Le nitrate d’ammonium n’est pas naturellement présent dans le sol », explique Andrea Sella, professeur de chimie à l’University College de Londres. « Il s’agit d’un composé synthétique, fabriqué en faisant réagir de l’ammoniac avec de l’acide nitrique. »

Est-il toujours dangereux ?

En soi, le nitrate d’ammonium est relativement sûr à manipuler, mais lorsque celui-ci est stocké en grandes quantités et depuis une longue période, il commence à se décomposer, ce qui peut entraîner des conséquences terribles, comme l’a récemment montré la catastrophe de Beyrouth. « Le vrai problème est qu’avec le temps, le nitrate d’ammonium absorbe de petites quantités d’humidité et finit par se transformer en un énorme bloc », souligne Sella.

« Ce qui le rend beaucoup plus dangereux car si un incendie l’atteint, la réaction chimique sera beaucoup plus intense. »

Pourquoi un champignon s’est-il formé après l’explosion ?

Dans de nombreuses séquences vidéo relatant l’incident de Beyrouth, on peut voir une colonne de fumée se former à cause de l’incendie, puis un champignon massif, connu sous le nom de nuage de Wilson, apparaître après l’explosion. « Vous avez une onde de choc supersonique qui se propage dans l’air, et vous pouvez le voir dans le nuage sphérique blanc qui part du centre et s’étend vers le haut », explique le professeur Sella.

« L’onde de choc est produite à partir d’air comprimé. L’air se dilate rapidement et se refroidit soudainement, et l’eau se condense, ce qui provoque le nuage. »

Quel est le degré de dangerosité des gaz libérés ?

Lorsque le nitrate d’ammonium explose, il peut libérer des gaz toxiques, notamment des oxydes d’azote et du gaz ammoniac. Le panache orange est causé par le dioxyde d’azote, qui est souvent associé à la pollution de l’air. « S’il n’y a pas beaucoup de vent, cela pourrait devenir un danger pour les personnes à proximité », estime Sella.

Est-il utilisé pour la fabrication d’engins explosifs ?

Au fil des décennies, le nitrate d’ammonium a été utilisé par les armées du monde entier pour la fabrication d’engins explosifs mais celui-ci a également été employé à des fins terroristes. Lors de l’attentat d’Oklahoma City en 1995, Timothy McVeigh avait utilisé deux tonnes de nitrate d’ammonium pour concevoir la bombe ayant entraîné la destruction d’un bâtiment fédéral et la mort de 168 personnes.

Y a-t-il eu des précédents ?

En 1921, environ 4 500 tonnes de nitrate d’ammonium avaient provoqué une explosion massive dans une usine d’Oppau, en Allemagne, tuant plus de 500 personnes.

L’accident industriel le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis s’était produit en 1947 à Galveston Bay, au Texas, avec au moins 581 personnes tuées par l’explosion de 2 000 tonnes de ce produit chimique stockées à bord d’un navire ayant accosté dans le port de la ville.

En 2015, une explosion impliquant du nitrate d’ammonium et d’autres produits chimiques avait quant à elle fait 173 victimes dans le port de Tianjin, au nord de la Chine.

Quelle est la situation en France ?

Bien que les quantités de nitrate d’ammonium aient tendance à varier durant l’année, plus de 100 sites répartis à travers l’Hexagone en stockent. Parmi eux, 31 dépassent le seuil Seveso bas (350 tonnes) et 16 le seuil haut (2500 tonnes). Particulièrement surveillés, les sites Seveso seuil haut sont contrôlés au moins une fois par an. En 2019, 127 contrôles ont été réalisés sur les principaux sites selon le ministère de l’Environnement.

Suite à l’explosion de l’usine AZF, la France a mis en place une réglementation très stricte pour le stockage des nitrates d’ammonium, impliquant leur fractionnement en îlots de taille réduite afin d’éviter les réactions en chaîne susceptibles d’entraîner des explosions massives et la distanciation avec les sources de chaleur et les produits susceptibles de réduire leur stabilité.

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