Image d’illustration ― Namning / Shutterstock.com

En Russie, s’ouvre le procès d’une pratique ancestrale mais largement sous-estimée : une fillette de 9 ans a été victime d’excision. La belle-mère l’a elle-même emmenée à l’hôpital et lui a maintenu les bras afin qu’elle ne bouge pas. La mère de la petite fille, divorcée du père, intente une action en justice afin que ce crime ne reste pas impuni. En Russie, cette mutilation génitale féminine n’est pas interdite.

Une pratique passée sous silence

C’est l’un de ces procès qui ont permis de faire la lumière sur les failles d’une société. A., une petite fille de 9 ans vivant avec sa mère et son frère en Tchétchénie, une république russe du Caucase, a été victime d’excision alors qu’elle rendait visite à son père, divorcé d’avec sa mère, en Ingouchie voisine. Alors que le père ne semblait guère préoccupé par l’éducation de ses enfants après son divorce et son remariage, il a demandé, en juin 2019, à ce que ces derniers lui soient envoyés.

À peine arrivée, la fillette est conduite, par sa belle-mère, à l’hôpital Aïbolit de Magas, la capitale d’Ingouchie. Selon la grand-mère de l’enfant, citée par le site d’information local Daptar, la belle-mère tenait l’enfant, en pleurs, par les bras durant l’intervention, tandis que les médecins lui tenaient les jambes.

Le lendemain, les enfants sont renvoyés chez leur mère en bus. Sa mère emmène A. à l’hôpital car l’enfant est fiévreuse et choquée. Le chirurgien qui l’ausculte constate « une plaie ouverte de 5 à 6 millimètres au niveau du clitoris et des petites lèvres ». Le père de l’enfant justifie ce geste à son ex-femme : « Comme ça A. ne sera pas excitée. » Au moment de son mariage, la mère d’A. avait dû accepter cette pratique, pratiquement un passage obligé dans la famille de son ancien mari. Mais elle ne l’accepte pas pour sa fille et décide de saisir la justice. En Tchétchénie, où elle réside, on tente de la dissuader. « A plusieurs reprises, elle a reçu des menaces », témoigne Tatiana Savvina, juriste de l’ONG Initiative de Justice, qui organise la défense de la mère. Mais cette dernière tient bon : en novembre 2019, un procès s’ouvre, retardé à cause de la situation sanitaire.

Une pratique largement répandue en Russie

En 2016, un premier rapport avait été rendu par la même ONG sur la pratique des mutilations génitales féminines (MGF) pratiquées au Daghestan, république russe musulmane du Caucase Nord. Dans ce rapport, où ont été interrogées des femmes de 19 à 70 ans, victimes ou bourreaux, ainsi que des experts, on note que l’excision est largement acceptée. Pour les femmes également, bien qu’elles conçoivent qu’il s’agisse d’un acte « violent », le poids de la tradition est plus important que la santé de leurs filles. Selon les communautés pratiquant l’excision, cette dernière serait une « garantie de qualité de la future mariée ». Suite à la publication de ce rapport, Ismaïl Berdiev, président du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, réagissait dès le lendemain en ces termes : « Il faudrait exciser toutes les femmes. Il n’y aurait plus de débauche sur Terre, moins de sexe. (…) Le Tout-puissant a créé la femme pour porter et élever les enfants. L’excision n’affecte pas tout cela. Les femmes ne cesseraient pas de donner naissance, mais il y a aura certainement moins de mœurs légères. »

À l’époque, il avait reçu le soutien de certains prêtres orthodoxes pour ses propos, tandis que le Conseil des muftis de Russie avait condamné la pratique. Toutefois, le parquet du Daghestan, saisit de l’affaire, avait fini par ne conclure à aucun cas d’excision. Le procès d’A. aura-t-il la même issue ? C’est ce que craint Ioulia Antonova, co-autrice du rapport de 2016. « Les débats sont superficiels, ceux qui sont en première ligne se taisent, même les médecins. Tant que les enfants ne meurent pas, ça ne gêne personne. »

Depuis 1995, l’ONU condamne les pratiques traditionnelles mettant en danger la santé des femmes et des enfants. En 2012, l’organisation internationale s’est prononcée pour une interdiction mondiale de cette pratique, et a mis en place une journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines.

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Firstde simple bon sens ! Auteurs de commentaires récents
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de simple bon sens !
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de simple bon sens !

Article comme d’habitude « un peu » tendancieux … qui, évidemment , n’explique pas correctement ! ( c’est une habitude chez certains journalistes !) Un constat : l’excision est une abomination …. destiné à opprimer la femme … c’est une « pratique » très ancienne … voilà la réalité ! Mais où est alors… Lire la suite »

Michel First
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Michel First

Idem la circoncision,pratiques barbares de l’époque des esclaves et des sacrifices.
Toutes les religions n’ont pas évoluées et ce qui n’évolue pas disparait.