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Une expérience d’évolution artificielle impliquant un petit poisson tropical d’eau douce disposant d’un taux de reproduction élevé a mis en évidence son incapacité à s’adapter au réchauffement climatique. Ce qui s’appliquerait également à de nombreuses espèces marines.

Une augmentation de la tolérance thermique de seulement 0,04 °C par génération

Dans le cadre de ces travaux présentés dans la revue PNAS, une équipe de chercheurs de l’université norvégienne des sciences et technologies a évalué la capacité du poisson-zèbre à s’adapter à des conditions de plus en plus extrêmes. Décrite comme « la plus grande expérience d’évolution artificielle évaluant la tolérance thermique chez des vertébrés », cette étude de trois ans a impliqué plus de 20 000 spécimens élevés sur six générations.

L’évolution intervient lorsque les individus les mieux adaptés d’une espèce produisent une progéniture plus fertile que le reste du groupe, ce qui se traduit par une accumulation des adaptations sur plusieurs générations et une modification de l’espèce elle-même. Cependant, les expériences menées ont montré que même le poisson zèbre (Danio rerio), espèce tropicale d’eau douce possédant un taux de reproduction élevé, n’était pas en mesure de suivre le rythme du réchauffement climatique actuel.

« Nous avons constaté que le poisson-zèbre pouvait développer une certaine tolérance thermique, ce qui est une bonne nouvelle », note le professeur Fredrick Jutfelt, auteur principal de l’étude. « Mais cette évolution prend plusieurs générations, et la tolérance thermique des poissons n’a augmenté que de 0,04 °C par génération, soit un taux d’évolution plus lent que ce qui aurait été nécessaire pour une adaptation réussie au changement climatique. »

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Selon les auteurs de l’étude, ces conclusions s’appliqueraient aux espèces de poissons marins possédant des cycles de reproduction semblables à celui du poisson-zèbre, et suggéreraient une capacité d’adaptation au réchauffement climatique encore plus réduite chez celles disposant de cycles plus longs.

Des océans toujours plus chauds

La grande majorité de la chaleur issue de l’effet de serre est absorbée par les océans, qui agissent comme des puits de chaleur planétaires. En conséquence, ceux-ci étaient plus chauds de 0,77 °C en 2019 par rapport à la moyenne du XXe siècle, et ce réchauffement s’est accéléré. Selon une étude publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences, le taux de réchauffement des océans aurait en effet augmenté de 450 % au cours des trois dernières décennies par rapport aux trois précédentes.

En réaction, les espèces marines ont été contraintes de changer leurs habitudes et de migrer rapidement dans des eaux plus fraîches. Si les scientifiques savaient depuis longtemps que ces dernières n’étaient pas en mesure de suivre l’accélération des températures océaniques, ces récents travaux leur ont permis de déterminer précisément ce retard.

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