D’après cette théorie, des microbes seraient capables de dégrader le plastique dans les océans

Chaque année, les sociétés humaines produisent des millions de tonnes d’emballages plastiques dont 32 % viennent polluer les mers et océans… Si la prolifération des déchets est un véritable fléau pour notre planète, les scientifiques sont étonnés de ne pas trouver plus de plastique dans les océans… Pour certains, ce phénomène serait lié au développement d’organismes capables de dégrader le plastique au sein d’un tout nouvel écosystème appelé plastisphère.

 

Une pollution au plastique moins importante que prévue dans les océans

D’après Ricard Sole, chercheur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, la production de plastique augmente de manière exponentielle, c’est pourquoi le nombre de déchets en plastique déversés dans les océans devrait connaître de fortes hausses. Pourtant, les études régionales comme globales démontrent une différence énorme entre le taux de plastique attendu et le taux de plastique présent dans les océans, notamment dans des zones particulièrement polluées comme le gyre subtropical de l’Atlantique nord. Ainsi, à peine un dixième à un centième du plastique attendu est aujourd’hui retrouvé dans les océans ; contre toute attente, le plastique n’est pas en augmentation dans cet environnement…

Crédit : NOAA Photo Library

 

Des microbes capables de dégrader le plastique ?

Après des calculs mathématiques et des analyses algorithmiques, Sole et son équipe ont conclu que l’absence de tendance à la hausse du plastique ne pouvait pas être expliquée par des processus physiques, ces derniers ne pouvant pas enrayer la prolifération des déchets. En revanche, des processus biologiques qui se renforceraient au fur et à mesure de la diffusion du plastique dans les océans pourraient brider l’augmentation. Les chercheurs suggèrent qu’une population microbienne capable de dégrader le plastique aurait pu se développer de manière importante, au gré des mutations de la biodiversité.

Un certain nombre de scientifiques semblent se prononcer en faveur de cette théorie. L’étude menée par Linda Amaral-Zettler du Netherlands Institute for Sea Research démontre que les microbes qui colonisent le plastique flottant sont très différents de ceux que l’on retrouve dans l’eau ; ils pourraient, d’après elle, se nourrir de polluants…

L’étude de Sole ne prouve pas l’existence d’organismes capables de dégrader le plastique, de même les recherches d’Alexandra ter Halle du Laboratoire des IMRCP n’ont pas permis d’identifier des microbes dotés de telles facultés dans les plastiques de l’Atlantique Nord. Il existe cependant des millions de microbes à découvrir, qui pourraient corroborer la théorie d’une dégradation du plastique par des organismes biologiques.

Le plastique est aujourd’hui responsable d’un tout nouvel écosystème qui bouleverse la biodiversité marine – signe que la nature se régule elle-même – c’est ce qu’Amaral-Zettler appelle la plastiphère. S’il existe bel et bien des microbes capables de dégrader complètement le plastique, alors c’est une bonne nouvelle pour la faune et la flore marine qui souffrent tant de la pollution au plastique.

Crédit : Own Work, Wikimedia Commons

 

D’autres phénomènes responsables de la dégradation du plastique

Malgré tout, l’absence du plastique semble pouvoir s’expliquer par d’autres phénomènes. Pour Amaral-Zettler et Ter Halle, il est probable que le plastique finisse par couler au fond de l’océan au fur et à mesure de l’accumulation des microbes sur les déchets. Les chercheurs pensent également que le plastique est susceptible de se déchirer en tout petits morceaux ne pouvant être pris dans les filets des navires de recherche. Il peut également être avalé par d’autres organismes vivants, comme les tortues particulièrement victimes de la pollution au plastique, ou encore envoyés dans des endroits inattendus, perdus très loin au milieu de l’océan.

Crédit : Hawksbill Sea Turtle/ Carey de Concha

 

Les dangers d’une dégradation rapide

On pourrait penser que quoiqu’il en soit, la dégradation des déchets en plastique permette de lutter contre la pollution. Pourtant, Matthew Cole, chercheur à Exeter University au Royaume-Uni explique qu’il n’est pas certain qu’une telle dégradation ait toujours des effets positifs. L’émiettement des déchets en particules de plastique microscopiques pourrait générer une pollution indicible et impossible à contrôler, sur de vastes surfaces. Alexandra Ter Hall précise que que le plastique pourrait également intégrer la chaîne alimentaire et produire des effets inattendus…


Une méduse est composée de 98% d’eau

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