La tragédie de l’Everest du 10 mai 1996, une des journées les plus sombres de l’alpinisme

La tragédie de l’Everest du 10 mai 1996, une des journées les plus sombres de l’alpinisme

La nuit du 10 mai 1996 coûtera la vie à huit grimpeurs sur l’Everest. C’est cette sombre histoire que raconte le livre « Into Thin Air » du journaliste Jon Krakauer, membre de cette funeste expédition dont les écrits ont servi de base au film Everest sorti en 2015. Retour sur cet épisode tragique.

HALL A DÉJÀ GRAVI L’EVEREST 5 FOIS

En 1996, l’himalayiste néo-zélandais Rob Hall organise une nouvelle expédition commerciale sur le Mont Everest. Hall est un grimpeur particulièrement expérimenté qui a déjà réalisé l’ascension de ce sommet cinq fois, et il ne se doute pas une seule seconde que celle-ci sera sa dernière.

Il est accompagné de Mike Groom et d’Andy Harris, deux guides particulièrement expérimentés, et l’équipe compte bien emmener ses huit clients au sommet. Parmi eux, le journaliste d’Outside Magazine Jon Krakauer qui prévoit d’écrire un long article sur l’expédition.

Dans cette quête, Adventure Consultants, la société fondée par Rob Hall, va faire équipe avec Mountain Madness, dirigée par le guide Scott Fischer, pour atteindre le sommet.

L’expédition d’Adventure Consultants prend la pose au camp de base (Rob Hall porte une casquette blanche et des habits violets)

CETTE JOURNÉE COÛTERA LA VIE À 8 GRIMPEURS

Si les premières semaines d’acclimatation se passent bien, un terrible concours de circonstances va transformer le jour du sommet en tragédie historique : conditions climatiques terribles, surfréquentation de la voie et erreurs humaines coûteront la vie à huit grimpeurs la seule nuit du 10 mai 1996.

Lorsque l’équipe de Hall et ses clients arrivent au niveau du Balcon (8400 mètres), elle constate que les cordes fixes nécessaires à l’ascension n’ont pas été installées. Un contretemps qui oblige les grimpeurs à patienter dans une zone où le manque d’oxygène rend chaque seconde cruciale.

Rebelotte au pied du Ressaut Hillary (8790 mètres), un mur rocheux d’une dizaine de mètres qui constitue l’ultime difficulté avant d’atteindre le sommet de l’Everest. Plusieurs grimpeurs craignant de manquer d’oxygène et de dépasser l’horaire fixé pour atteindre le sommet préfèrent rebrousser chemin.

Plusieurs passages clefs de l’ascension finale de l’Everest sont équipés de cordes fixes

Si cet horaire reste encore aujourd’hui sujet à controverse, plusieurs témoignages de rescapés estiment qu’il était fixé à 14 heures, afin de permettre aux expéditions de redescendre en profitant de bonnes conditions de visibilité.

Les raisons exactes pour lesquelles Rob Hall a délibérément dépassé cet horaire restent floues, mais le journaliste Jon Krakauer estime dans son livre qu’il avait choisi d’aider Doug Hansen, l’un de ses clients dont les précédentes tentatives sur l’Everest s’étaient soldées par un échec, à atteindre le sommet coûte que coûte.

Les deux hommes atteignent le sommet vers 16 heures, soit deux heures après l’horaire maximal fixé. Complètement vidé par l’ascension, Hansen n’a plus la force d’avancer et s’écroule au niveau du Sommet Sud (8680 mètres) lors de la redescente, alors qu’une terrible tempête fait rage.

EXTÉNUÉS, ROB HALL ET SON CLIENT SONT BLOQUÉS EN PLEINE TEMPÊTE À PLUS DE 8000 MÈTRES D’ALTITUDE

Rob Hall décide de rester à ses côtés, mais les deux hommes manquent d’oxygène, et le blizzard glacial ne cesse de s’intensifier. Andy Harris parvient à les rejoindre malgré la tempête, mais lui et Hansen disparaissent pendant la nuit, probablement touchés par le mal aïgu des montagnes.

Hall va survivre un jour de plus, mais le manque d’oxygène et les gelures l’empêchent de bouger. Plusieurs grimpeurs tentent de rallier sa position, mais sont forcés de rebrousser chemin à cause de la tempête. Son corps sera finalement retrouvé 12 jours plus tard.

Les trois hommes ne seront malheureusement pas les seules victimes de la tempête. Souffrant d’un œdème cérébral, le guide Scott Fischer s’effondre lui aussi lors de la redescente et ne peut être secouru.

Le camp IV situé sur le Col Sud (7900 mètres) surplombé par le sommet de l’Everest

Plusieurs clients d’Adventure Consultants se perdent dans la montagne à quelques centaines de mètres du camp du Col Sud (7904 mètres) à cause de l’épais blizzard, et au prix d’un effort surhumain, le guide Anatoli Boukreev parvient à rapatrier la plupart d’entre eux jusqu’aux tentes.

Deux membres de l’expédition sont laissés pour morts dans la tempête, l’un d’entre eux est un texan du nom de Beck Weathers. Souffrant d’une forte hypothermie et de graves gelures, ce dernier reprend miraculeusement conscience et parvient à rallier le camp du Col Sud au matin.

Des grimpeurs l’aident à redescendre jusqu’au camp inférieur afin qu’il y reçoive les premiers soins. Il est finalement héliporté à l’hôpital le plus proche, mais il perd un bras, plusieurs orteils, ainsi qu’une grande partie de sa main et la quasi-totalité de son nez à cause de ses graves gelures.

WEATHERS PERD UN BRAS, PLUSIEURS ORTEILS, AINSI QU’UNE GRANDE PARTIE DE SA MAIN ET DE SON NEZ

Cette triste journée marquera à jamais l’histoire de l’Everest, et mettra en lumière les risques engendrés par la surfréquentation de ses voies et la multiplication des expéditions commerciales avec des clients peu expérimentés.

Le voyage est court. Essayons de le faire en première classe.

— Philippe Noiret