Ils s’appellent bisphénol, phtalates, parabens, éthers de glycol, composés fluorés… et ils sont omniprésents ! C’est ce que révèle une étude publiée le 3 septembre et réalisée par Santé publique France, qui a évalué la présence de ces polluants dans l’organisme des Français.

Des résultats édifiants

C’est un large échantillon représentatif de la population française (1 104 enfants et 2 503 adultes) qui révèle le danger de ces polluants dits « du quotidien ». Habituellement présentes dans les objets de tous les jours, ces substances considérées comme des perturbateurs endocriniens avérés ou des substances potentiellement cancérigènes sont « présentes dans l’organisme de tous les Français », avec « des taux d’imprégnation plus élevés retrouvés chez les enfants ».

Inquiétant, lorsqu’on sait que ces substances interfèrent avec le système hormonal, et sont impliquées dans une multitude de troubles et de pathologies. Obésité, baisse du quotient intellectuel, cancers du système reproducteur seraient entre autres liés à l’apparition des perturbateurs endocriniens dans nos vies. Cette étude, qui sera suivie par d’autres notamment sur le taux d’imprégnation sur les métaux et les pesticides, a pour but d’établir des valeurs de référence d’imprégnation dans la population française.

Des enfants tout particulièrement exposés

De nombreux contacts cutanés, ainsi que de type « main-bouche » plus fréquents avec des objets en plastique type jouets ou peintures, ainsi que des expositions plus importantes aux poussières domestiques pourraient expliquer l’explosion de ces taux de présence chez les enfants. Un poids faible par rapport à leurs apports alimentaires pourrait également expliquer la surexposition aux perturbateurs endocriniens chez les plus jeunes Français. Déjà réalisée à l’étranger, cette étude révèle que le niveau d’imprégnation des Français est similaire aux taux constatés au Canada ou aux États-Unis.

L’alimentation semble jouer un rôle majeur dans l’imprégnation par nos organismes du bisphénol S, une substance fréquemment retrouvée dans l’emballage de denrées alimentaires. Les produits cosmétiques et de soin, quant à eux, sont impliqués dans l’augmentation des taux d’imprégnation des parabens et des éthers de glycol.

Les jouets et les objets en plastique ont l’air inoffensifs mais ils contaminent les enfants – goodmoments / Shutterstock.com

Quelles solutions pour l’avenir ?

Santé publique France pointe du doigt les taux particulièrement élevés de ces deux substances chez les Français, qui « dépassent les valeurs sanitaires » établies à l’étranger. Une annonce alarmante lorsque l’on sait que les éthers de glycol sont particulièrement nocifs pour la fertilité. Ils sont notamment soupçonnés d’être la cause d’une diminution de la fertilité masculine, de l’augmentation d’avortements spontanés, ou même de malformations fœtales.

Suite à cette annonce, l’Agence nationale de sécurité sanitaire devra établir une liste exhaustive des perturbateurs endocriniens, en identifiant au moins six substances d’ici 2020, puis neuf par an à partir de 2021. Deux sites web informatifs devraient également être prochainement lancés, l’un pour permettre au grand public de s’informer, l’autre à destination des jeunes parents pour limiter l’exposition des bambins à ces produits chimiques.

Le Réseau Environnement Santé réclame pour ce programme un financement équivalent à celui du plan cancer (1,5 milliard d’euros sur 5 ans). Une mesure hautement insuffisante selon Gérard Bapt, ancien député socialiste à l’origine de l’interdiction du bisphénol A dans les écoles. Selon lui, « il manque des mesures concrètes et contraignantes pour en finir avec les revêtements dangereux des poêles ou les sols en PVC dans les habitations privées ».

Pour se prémunir des perturbateurs endocriniens, et limiter votre exposition quotidienne, l’UFC-Que Choisir suggère entre autres d’augmenter la fréquence d’aération des logements, de limiter la consommation de produits industriels, de préférer les fruits, légumes et céréales biologiques, de passer l’aspirateur de façon régulière pour minimiser l’exposition à la poussière, d’être attentif quant à la composition des cosmétiques ingérés ainsi qu’à la consommation de médicaments comme les antalgiques ou les anti-inflammatoires. De bonnes habitudes à prendre, qui pourraient limiter l’impact extrêmement nocif de ces substances sur notre santé.

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