L’une des mystérieuses empreintes rééxaminées par les chercheurs (à gauche) comparée à celle d’A. afensis (à droite) — © Ellison McNutt et al. / Nature 2021

Un ensemble d’empreintes vieilles de 3,7 millions d’années, que l’on pensait avoir été laissées par un ours marchant sur ses pattes arrière, a été récemment réétudié et attribué à une mystérieuse espèce d’hominine.

Un réexamen fructueux

Les traces de pas avaient été initialement découvertes en 1976 par Peter Jones et Philip Leakey. Lors de fouilles réalisées sur le site A de Laetoli, en Tanzanie, ceux-ci avaient identifié cinq empreintes laissées dans des cendres volcaniques molles s’étant ensuite solidifiées. Il avait été à l’époque suggéré qu’elles appartenaient à un hominine, mais des études ultérieures ont conclu qu’elles avaient en fait été laissées par un ours marchant sur ses pattes arrière.

Par la suite, d’autres empreintes appartenant effectivement à des hominines ont été identifiées à quelques kilomètres de là, sur le site G. La piste s’étendait sur 24 mètres et comprenait les traces de pas laissées il y a 3,66 millions d’années par trois individus, vraisemblablement de l’espèce Australopithecus afarensis, à laquelle appartenait la célèbre Lucy.

Dans le cadre de travaux récemment publiés dans la revue Nature, Ellison McNutt et ses collègues de l’université de l’Ohio ont réexaminé le site A et réalisé un scan 3D des empreintes, qui ont ensuite été comparées à celles d’humains, de chimpanzés et d’ours noirs américains.

A gauche : Ellison McNutt recueille des données sur un ours noir femelle juvénile (Ursus americanus) marchant sur ses pattes arrière. A droite : Empreinte d’un des ours noirs mâles juvéniles — © Ellison McNutt et al. / Nature 2021

« L’hypothèse de l’ours était tout à fait raisonnable à l’époque, en raison de la nature inhabituelle des empreintes, mais les sédiments qui les recouvraient n’avaient jamais été correctement retirés, de sorte que leur forme réelle n’était pas connue », explique la chercheuse. « De nombreux éléments montrent qu’elles appartiennent clairement à des hominines, notamment des gros orteils proportionnellement beaucoup plus grands que les seconds, particularité que l’on ne retrouve pas chez les ours. »

« Ce n’est pas afarensis »

Les auteurs de l’étude affirment également que les empreintes ne correspondent pas aux traces plus célèbres du site G, ce qui implique qu’elles aient été laissées par une espèce différente et obscure d’hominine. Les empreintes individuelles du site A étaient relativement larges pour leur longueur, comparées à celles du site G, et l’individu semblait également posséder une démarche inhabituelle, semblable à celles des mannequins qui défilent en plaçant un pied directement devant l’autre.

« Ce n’est pas afarensis », affirme McNutt. « Il s’agit certainement d’une autre espèce d’australopithèque ou de quelque chose de très proche. Des preuves évidentes de la coexistence de plusieurs espèces d’hominines dans les mêmes régions ayant été précédemment découvertes en Afrique, le fait qu’il en soit de même à Laetoli n’aurait rien de surprenant. »

Les cinq empreintes du site A (a et b) de Laetoli, situé dans le nord de la Tanzanie (c), et mesures topographiques des empreintes A2 (d) et A3 (e) — © Ellison McNutt et al. / Nature 2021

En 2016, deux autres empreintes d’hominines avaient été découvertes sur un troisième site (S) de Laetoli. De différentes tailles, celles-ci avaient été rattachées à A. afarensis et, selon l’équipe à l’origine de cette découverte, les traces du site A récemment réétudiées pourraient également avoir été laissées par cette espèce.

« Une étude récente a montré qu’il est nécessaire de disposer de plus de 20 empreintes pour obtenir une image fiable de la façon dont une créature se déplace, et le site A en comprend seulement cinq », explique Marco Cherin de l’université de Pérouse en Italie.

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