Le 20 mai 1964, un engin atomique de 500 mégawatts rugit dans le désert du Nevada. Pourtant, malgré la réussite technologique du projet Pluto, les autorités annulent le programme quelques semaines plus tard. En effet, ce missile posait un dilemme écologique et stratégique insoluble.

Un principe de propulsion inédit pour offrir une autonomie théoriquement illimitée aux missiles américains
Le concept reposait sur la technologie du statoréacteur. L’appareil n’utilisait pas une seule goutte de carburant classique. En effet, l’air entré à l’avant passait directement à travers le cœur atomique surchauffé. Ainsi, la chaleur dilatait le flux d’air pour propulser le missile avec une énergie atomique pure.
Baptisé SLAM, ce missile devait d’abord être lancé par des fusées classiques. Ensuite, le réacteur atomique prenait le relais en altitude. Ce fonctionnement garantissait un vol à Mach 3 au ras du sol. De plus, cette trajectoire très basse évitait la détection par les radars de l’époque.
L’engin sans pilote pouvait transporter plus d’une douzaine de bombes H. Lors du survol, son onde de choc causait des dégâts majeurs. Par ailleurs, l’absence de blindage autour du moteur libérait d’importantes retombées radioactives meurtrières.
Des moyens matériels démesurés déployés dans le désert du Nevada pour simuler un vol supersonique réel
Pour mener cet essai secret, le gouvernement américain investit 1,2 million de dollars. Le chantier s’étend sur huit milles carrés au Site 401 de Jackass Flats. Les ingénieurs y construisent des routes, des laboratoires et des usines d’assemblage.
De plus, l’équipe installe un réseau sous terre composé de 25 milles de tuyaux. Ces conduites stockent 450 tonnes d’air sous haute pression. Grâce à ce dispositif, les chercheurs simulent l’air rencontré à très haute vitesse. Cette installation expérimentale gigantesque devait tester le nouveau prototype nommé Tory-IIC.
Cinq minutes d’essai à pleine puissance couronnées par un succès technique total sans aucune avarie
Le prototype intègre 500 000 éléments de combustible en céramique. Fabriquées par la Coors Porcelain Company, ces pièces devaient supporter des températures de 1 370 °C. Elles devaient également résister à des forces aérodynamiques colossales.
Les ingénieurs redoutaient surtout un blocage des barres de contrôle en raison de la chaleur. Toutefois, l’essai du 20 mai 1964 se déroule sans aucun problème. Le moteur tourne pendant cinq minutes à une puissance de 500 mégawatts.
Après l’épreuve, l’examen de l’appareil montre une structure parfaitement intacte. De plus, les rayonnements rejetés dans l’air restent plus faibles que prévu. Cet essai prouve la réussite technologique des équipes américaines.
L’annulation brutale du programme militaire face à des risques environnementaux impossibles à maîtriser
Pourtant, le 1er juillet 1964, les autorités arrêtent brutalement le projet Pluto. Cette décision intervient seulement six semaines après le test réussi. En effet, aucun endroit sur Terre ne permet d’essayer ce missile sans propager des matières radioactives incontrôlables.
Par ailleurs, les missiles balistiques intercontinentaux progressent plus vite que prévu. Ces nouvelles armes offrent une meilleure dissuasion avec des coûts réduits. Finalement, les moteurs du projet Pluto sont abandonnés et enterrés sous du béton dans le désert.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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