Un collectif composé d’employés du géant du commerce Amazon accuse la firme de menacer et de mettre sous pression ses salariés qui critiquent publiquement sa responsabilité dans le réchauffement climatique. Amazon riposte en affirmant qu’elle soutient pourtant les politiques sur le changement climatique.

DES EMPLOYÉS MIS SOUS PRESSION

Le jeudi 2 janvier, des employés d’Amazon ont formé le groupe « Amazon Employees for Climate Justice » tout en critiquant la politique environnementale de leur entreprise. Parallèlement, ils ont dénoncé, dans un communiqué de presse, une stratégie d’intimidation de la part de la firme.

Dans ce communiqué, publié sur Twitter, les membres du collectif expliquent que de nombreux employés ont subi une importante pression de la part de l’entreprise afin qu’ils cessent de critiquer son rôle dans la crise climatique.

Le collectif explique notamment que « des travailleurs ont été contactés par des représentants des ressources humaines et du secteur juridique d’Amazon, et ils ont été interrogés sur des déclarations publiques qu’ils ont tenues à propos de la responsabilité d’Amazon dans la crise environnementale mondiale ». Parmi ces employés, certains ont, par la suite, reçu « des mails menaçant de les licencier s’ils continuent de dénoncer les activités d’Amazon et leurs conséquences sur le climat ». Le collectif dénonce donc une « stratégie d’intimidation » et le silence imposé par la firme « à un moment où (ils ont) plus que besoin de leadership et de courage ».

Parmi les employés mis en cause, Maren Costa, ingénieure, se défend en affirmant : « Ce n’est pas le moment de réduire au silence ceux qui s’expriment. » Inquiet par cette « tentative visant à faire taire les employés », le collectif explique que le problème ne pourra, au contraire, être résolu que « s’ils peuvent s’exprimer sur ce sujet ».

— Eric Broder Van Dyke / Shutterstock.com

« S’ASSURER QUE LEUR MODÈLE ECONOMIQUE NE CONTRIBUE PAS À LA CRISE ÉCOLOGIQUE »

Amazon est donc mise sous pression à son tour par ses employés. Selon ces derniers, « il en va de leur responsabilité de s’assurer que leur modèle économique ne contribue pas à la crise écologique ». Ils exigent que leurs supérieurs prennent des décisions concrètes, mais aussi durables, afin de réduire au mieux leur empreinte carbone.

Cependant, Amazon riposte en affirmant qu’en septembre dernier, Jeff Bezos a bel et bien présenté « l’engagement climatique » de la firme lors d’une conférence : ce dernier vise à transformer Amazon pour en faire un acteur plus respectueux de la planète. De plus, le 19 septembre, Amazon a annoncé qu’elle participerait au Global Climate Walkout du 20 septembre et a également publié son Climate Pledge. Dans ce dernier, la firme a affirmé vouloir utiliser 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 et viser le zéro émission carbone d’ici 2040, alors que les employés exigeaient que cela soit fait avant 2030. Puis, la firme a publié, le 10 octobre, une liste publique de ses politiques tout en rappelant son engagement climatique.

Suite à cela, deux membres du collectif se sont indignés en qualifiant les justifications de l’entreprise de « faux récit », notamment par rapport à son travail avec la société pétrolière. Par ailleurs, les membres du collectif avaient émis des critiques similaires à l’égard d’Amazon Web Services et de son travail auprès de sociétés pétrolières et gazières dans une lettre ouverte en avril 2019. Depuis, d’autres lettres, des manifestations et des communiqués de presse ont été publiquement publiés, sans grande réaction de la part de l’entreprise.

« INTERDIRE EXPLICITEMENT AUX EMPLOYÉS DE S’EXPRIMER SUR DES INFORMATIONS PUBLIQUES »

« La politique d’Amazon ne va pas arrêter l’élan créé par les employés de la technologie au cours de la dernière année. La crise climatique est le plus grand défi auquel nous sommes confrontés et la seule façon de trouver des solutions est de protéger les droits des personnes à s’exprimer librement et de perturber le statu quo », a affirmé Justin Campbell, ingénieur en données chez Amazon, dans le communiqué du collectif. Les employés se disent prêts à perdre leur travail pour se faire entendre.

Mais, en face, Amazon se défend et affirme que ses règles de communication externes « ne sont pas nouvelles », ont été renouvelées en septembre 2019 et sont censées être connues des employés. Celles-ci stipulent que les employés doivent avoir une autorisation de la part de l’entreprise avant de s’exprimer publiquement concernant les activités de celle-ci. Ainsi, ces mises à jour avaient pour objectif « d’interdire explicitement aux employés de s’exprimer sur des informations publiques, comme les partenariats d’Amazon avec des sociétés de combustibles fossiles ou le financement de lobbyistes et de groupes de réflexion qui nient le changement climatique », s’indigne le collectif.

Amazon n’est donc pas la seule entreprise qui tente de faire taire ses employés. En effet, il y a quelques mois, ce fut le cas de Google. A la fin du mois de novembre, le géant a effectivement licencié quatre de ses salariés. Google a justifié cette décision en expliquant qu’ils avaient consulté des documents auxquels ils n’avaient pas le droit d’accéder. Néanmoins, le groupe d’employés « Google Walkout for Real Change » s’est indigné en dénonçant une action qui a entravé « toute tentative d’organisation parmi les salariés », remettant en question ses activités.

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