
Il y a environ deux millénaires, des « touristes » venus du sud de l’Asie ont laissé à plusieurs reprises leur nom sur des sépultures égyptiennes. Des chercheurs ont récemment percé leurs secrets.
Des « tags » plurimillénaires
Au total, ce sont pas moins de trente inscriptions gravées qui ont été découvertes sur les murs de six tombes différentes de la Vallée des Rois, où les pharaons et les membres de l’élite égyptienne ont été inhumés pendant des siècles. La moitié étaient rédigées en tamoul ancien, et d’autres en sanskrit.
Si les archéologues ayant initialement fouillé les sépultures avaient documenté leur présence, ils n’avaient à l’époque pas été en mesure d’établir les langues utilisées. Récemment, Ingo Strauch, de l’université de Lausanne, et ses collègues ont découvert qu’elles avaient été laissées entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, lorsque l’Égypte faisait partie de l’Empire romain et que la Vallée des Rois constituait déjà une véritable attraction touristique.
Parmi les visiteurs formellement identifiés, un homme nommé Indranandin, affirmant être un « messager du roi Kshaharata », aurait été illustré alors qu’il faisait potentiellement route vers Rome, après avoir débarqué à Bérénice, sur la côte est de l’Égypte.
Ancient inscriptions written in Indian languages have been discovered on Egyptian tombs in the Valley of the Kings. https://t.co/eCKV2Dfzfo
— Live Science (@LiveScience) March 6, 2026
Le plus prolifique était sans conteste Cikai Korran, ayant laissé pas moins de huit inscriptions (« Cikai Korran est venu ici et a vu ») en tamoul dans cinq tombes différentes. Il s’agissait également d’un explorateur audacieux : l’une de ses inscriptions se trouvait à 5 ou 6 mètres au-dessus de l’entrée du tombeau de Ramsès IX (ayant régné de 1126 à 1108 avant notre ère), et une autre constituait la seule présente dans une sépulture, suggérant que celle-ci était alors scellée.
Une échelle sans précédent
S’ajoutant à celles réalisées dans les anciens ports de Myos Hormos et Bérénice, sur la mer Rouge, ces découvertes offrent un aperçu unique de la présence de marchands tamouls et indiens occidentaux en Égypte.
« Cela n’avait jamais été documenté à une telle échelle », commente le chercheur indépendant Kasper Grønlund Evers.
« De telles inscriptions illustrent également l’intérêt des voyageurs indiens antiques pour la culture égyptienne », estime Alexandra Von Lieven, de l’université de Münster. « Des prospections similaires sur d’autres sites du pays, notamment des temples, pourraient permettre d’en identifier davantage. »
Des millénaires plus tard, il semble que cette habitude perdure : en 2024, des touristes étrangers visitant Pompéi avaient été arrêtés après avoir laissé leurs initiales sur les murs de l’ancienne cité romaine, où des graffitis antérieurs à l’éruption du Vésuve ont également été découverts.