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L’utilisation de l’outil d’édition génétique CRISPR pour bloquer une voie de signalisation neurochimique particulière chez des hamsters a entraîné des changements inattendus dans leur comportement social.

Des résultats inattendus

La vasopressine est une hormone jouant un rôle clef dans de nombreux comportements, notamment les relations de couple, les pulsions sexuelles, la coopération, la communication sociale, la dominance et l’agression. Il y a quelques années, son administration sous forme de spray nasal pendant 30 jours avait été liée à une amélioration significative des comportements sociaux chez les personnes souffrant de troubles du spectre autistique (TSA).

Pour cette nouvelle étude parue dans la revue PNAS, les scientifiques de l‘université d’État de Géorgie ont examiné les voies neurochimiques sur lesquelles agissait l’hormone. Pour ce faire, ils ont utilisé l’outil d’édition génétique CRISPR pour neutraliser le récepteur Avpr1a, auquel se lie la vasopressine, chez plusieurs hamsters. Si cette manipulation a logiquement entraîné des changements dans le comportement social des rongeurs, il ne s’agissait pas de ceux auxquels s’attendaient les chercheurs.

« Nous pensions qu’en supprimant l’activité de la vasopressine, nous réduirions à la fois l’agressivité et la communication sociale, mais c’est précisément le contraire qui s’est produit », explique H. Elliot Albers, auteur principal de l’étude.

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Étrangement, les hamsters chez qui Avpr1a avait été neutralisé présentaient des niveaux de communication sociale significativement plus élevés que le groupe témoin. Ce qui avait à la fois des effets positifs et négatifs. Les rongeurs génétiquement modifiés, qu’il s’agisse de mâles ou de femelles, se montraient par exemple plus agressifs envers les animaux du même sexe.

Une biologie plus complexe que prévu

Cette découverte indique que la biologie des comportements sociaux est bien plus complexe qu’on ne l’estimait jusqu’à présent. Selon l’équipe, d’autres travaux seront nécessaires pour étudier la manière dont elle pourrait affecter la réflexion scientifique sur le comportement social humain, et identifier des pistes pour des traitements potentiels des troubles neuropsychiatriques.

« Même si nous savons que la vasopressine favorise les comportements sociaux en agissant sur un certain nombre de régions du cerveau, il est possible que les effets plus globaux du récepteur Avpr1a soient inhibiteurs », estime Albers.

« De tels travaux mettent en évidence les limites de notre compréhension actuelle », poursuit le chercheur. « Leurs résultats contre-intuitifs indiquent que nous devons commencer à réfléchir aux actions de ces récepteurs à l’échelle du cerveau et pas seulement dans certaines zones spécifiques. »

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