Au quotidien, ces petites bêtes nous ennuient et nous semblent inutiles : qui n’a jamais été agacé par cette araignée planquée dans un coin de votre chambre, ou par une mouche qui ne cesse de voler alors que vous souhaitez vous concentrer ? Nous souhaitons bien souvent que ces insectes (et créatures apparentées) disparaissent, sans imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur l’environnement. Des chercheurs allemands nous alertent de fait sur l’extinction de masse des insectes qui a lieu en ce moment, et qui pourrait avoir des conséquences bien plus dangereuses que nous l’imaginions.

Un travail de longue haleine effectué sur plusieurs années

Le travail effectué par les scientifiques allemands travaillant à la société d’entomologie (où on étudie des insectes) de Krefeld, petite ville à la frontière néerlandaise, est un travail de longue haleine, qui a commencé il y a plusieurs décennies. En effet, depuis 30 ans, ces scientifiques ont collecté, au moyen de pièges, des dizaines de millions d’insectes et de chenilles. Il s’agit d’un trésor scientifique de renommée mondiale.

Le siège de la société d’entomologie de Krefeld est donc pourvu d’un grand réservoir de ces êtres vivants : dans des vitrines, des milliers de papillons, des coléoptères et des libellules exotiques de la taille d’un poing vivent, après avoir été rapportés du monde entier par des collectionneurs amateurs. De même, pas moins de 80 millions d’insectes flottent maintenant dans de nombreuses bouteilles d’éthanol. Chaque bouteille contient la quantité d’insectes capturés par un seul piège sur une période donnée, et chaque boîte représente une collection de ces captures sur près de trois décennies.

« Depuis 1982, les pièges que nous fabriquons nous-mêmes sont standardisés et contrôlés, tous de la même taille et du même matériau, et ils sont collectés au même rythme dans 63 emplacements toujours identiques« , déclare Sorg.

Comme nous l’avons énoncé plus haut, une extinction de masse a en ce moment lieu chez les insectes, qui meurent à une vitesse alarmante. Pour démontrer ce déclin rapide, un scientifique a utilisé deux bouteilles : l’une, de 1994, contient 1 400 grammes d’insectes piégés, tandis que la plus récente en contient seulement 300 grammes.
Ces recherches en entomologie, de même que ces découvertes, concordent avec le travail effectué de l’autre côté de la frontière néerlandaise par le professeur d’écologie Hans de Kroon qui, au même moment (en 2011, quand ils se rendirent compte de ce déclin pour la première fois) travaillait déjà sur la quantité d’oiseaux, toujours moins importante dans la région.

Il a donc émis l’hypothèse que les oiseaux souffraient d’une pénurie de nourriture, en particulier d’insectes, mais ne disposait d’aucune donnée pour le prouver. Une étonnante coïncidence a fait que leurs collègues allemands de Krefeld les ont contactés à ce moment, cherchant à savoir s’ils avaient obtenu les mêmes résultats, et dans le but de comprendre la raison de ce déclin. Ils ont alors recoupé leurs données.

Un déclin alarmant

Ces entomologues ont donc tiré la sonnette d’alarme : selon eux, la Terre fait face, actuellement et depuis 2011, à la phase d’extinction de masse la plus importante depuis les dinosaures. Ils nous rappellent que les insectes représentent les 2/3 des espèces terrestres, ce qui est très inquiétant puisque contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces derniers jouent un grand rôle dans le cadre de la biodiversité et de la chaîne alimentaire. Le résultat des recherches les a véritablement effrayés : au cours de la période de recherche, la biomasse totale d’insectes volants a chuté de 76 %.

Selon eux, il est temps de vraiment s’alarmer, d’agir et de prendre des initiatives dans la mesure où jusqu’à présent, les préoccupations relatives à la perte de biodiversité concernaient principalement les grands mammifères que l’on connaît tous et la protection de l’environnement, alors que les préoccupations de Krefeld concernant les animaux étaient perçues comme un passe-temps du dimanche, et largement ignorées par la communauté scientifique.

Les causes de ce déclin sont multiples

Les chercheurs de Krefeld et l’équipe de Hans de Kroon ont donc coordonné leurs résultats, et ont identifié plusieurs causes participant à ce déclin. L’environnement de la région de Krefeld a de fait beaucoup d’influence sur ce déclin, puisqu’on trouve non loin de là des cheminées industrielles dont la fumée peut être très nocive pour les insectes. 

En outre, nous faisons face à un véritable paradoxe qui permet de mieux comprendre la situation : à Krefeld se trouve une route, qui divise un champ en deux parties ; d’un côté se trouve une réserve naturelle protégée, de l’autre se trouve un champ de betteraves, aspergé avec des pesticides par une machine agricole. Cette proximité fait que la réserve naturelle est en vérité loin d’être protégée. Selon Kroon, de l’autre côté de la frontière, « nous devons réaliser qu’ici en Europe occidentale, notre nature est de plus en plus petite, les champs agricoles sont très hostiles aux insectes. Il n’y a pas de nourriture, ils sont empoisonnés.”

Kroon avance un argument crucial, qui est également une des raisons du déclin des insectes en général. Il se trouve que les zones naturelles sont de plus en plus isolées, ce qui rend l’accès à la nourriture beaucoup plus difficile pour les insectes, qui ne peuvent pas se déplacer d’un endroit à l’autre parce que c’est trop loin. 

Finalement, la perte d’habitat, la conversion des terres agricoles en territoires urbanisés ainsi que l’agriculture intensive suivie de la pollution (principalement due aux pesticides, aux engrais, aux espèces envahissantes et au changement climatique) provoquent ce déclin particulièrement alarmant des insectes. Toujours selon Kroon, « la cause (de la disparition de ces insectes) est anthropique (= du fait de l’homme), cela ne fait aucun doute. Notre plus grande crainte est qu’un point de non-retour ne soit atteint, ce qui entraînerait une perte permanente de diversité.« 

En février, ils ont publié la première synthèse de 73 études sur la faune entomologique dans le monde au cours des 40 dernières années, répertoriant des lieux allant du Costa Rica au sud de la France. Ils ont calculé que plus de 40 % des espèces d’insectes sont menacées de disparition et qu’environ un pour cent est ajouté à la liste chaque année. « La conclusion est claire, ont-ils écrit. Si nous ne modifions pas nos méthodes de production d’aliments, la majorité des insectes va disparaître d’ici quelques décennies.« 

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