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Des origines de Cosa Nostra aux réseaux mondialisés : comment les mafias ont appris à évoluer

Nées dans des sociétés rurales où l’État peinait à imposer son autorité, les mafias auraient pu disparaître avec elles. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Comment des organisations héritées du XIXe siècle ont-elles appris à prospérer dans une économie mondialisée et numérique ?

Des hommes vus de dos travaillent près de caisses d’oranges et d’une voiture ancienne dans un verger sicilien.
D’abord implantées dans les campagnes siciliennes, les mafias ont ensuite diversifié leurs activités avant de s’étendre aux réseaux économiques mondialisés – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En Sicile, la mafia est née bien loin des légendes de chevaliers et de sociétés secrètes

L’histoire commence moins noblement que ne le racontent les mythes mafieux. Selon l’historien Jean-Yves Frétigné, les racines de la mafia italienne remontent probablement aux XVIIIe et XIXe siècles. En Sicile, les grands domaines agricoles et le commerce des agrumes créent alors un terrain favorable. De nouveaux intermédiaires peuvent y imposer leur protection.

Ces hommes ne surveillent bientôt plus seulement les terres. Ils deviennent arbitres, hommes de main, intermédiaires économiques et parfois propriétaires. Leur puissance repose déjà sur un mécanisme moderne : mêler activités légales et violence. Ils nouent aussi des relations avec les élites locales. Cosa Nostra naît donc au cœur des failles de la société.

De l’extorsion au trafic de cocaïne, chaque bouleversement devient une nouvelle occasion

Le véritable talent des organisations mafieuses tient peut-être là : elles changent de marché sans abandonner leur structure. Au XXe siècle, les trafics internationaux rapportent bien plus que le racket local. Cigarettes, armes puis stupéfiants transforment certaines familles criminelles. Elles deviennent des acteurs économiques capables d’agir très loin de leur territoire.

La ’Ndrangheta calabraise illustre particulièrement cette mutation. Elle accumule d’abord d’importantes ressources grâce aux enlèvements des années 1960 et 1970. Elle se tourne ensuite vers le commerce de la cocaïne. Ses liens familiaux compliquent les infiltrations policières. Ses alliances dépassent rapidement les frontières italiennes.

Le résultat donne le vertige. Interpol considère aujourd’hui la ’Ndrangheta comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes au monde. L’agence indique que ses réseaux touchent plus de 84 pays. La Calabre reste son ancrage. Ses intérêts circulent désormais avec les marchandises, les capitaux et les flux financiers mondiaux.

La mondialisation n’a pas effacé les mafias, elle leur a offert un terrain de jeu planétaire

Internet, les communications chiffrées, les sociétés écrans et les transferts financiers ont changé l’échelle du crime organisé. Pourtant, la logique reste familière : protéger le groupe, contrôler des marchés et réduire les risques. Frétigné parle ainsi d’adaptation plutôt que de transformation. Les mafias utilisent simplement les outils de leur époque.

Cette souplesse dépasse largement les organisations italiennes. En 2024, Europol a étudié 821 réseaux criminels parmi les plus menaçants pour l’Union européenne. L’analyse révèle des structures capables d’agir au-delà des frontières. Elles coopèrent avec d’autres groupes. Elles utilisent aussi l’économie légale pour faciliter ou dissimuler leurs activités. Le vieux modèle du clan isolé paraît désormais insuffisant.

Face aux réseaux mondialisés, les États ont eux aussi appris à changer de méthode

Cette évolution ne rend pas les mafias invincibles. L’Italie a progressivement renforcé sa réponse. Elle s’appuie sur des institutions spécialisées et des magistrats antimafia. Elle utilise surtout une arme redoutable : la confiscation des patrimoines criminels. Frétigné rappelle que plus de 30 milliards d’euros auraient été saisis entre 1992 et 2023.

Le combat se joue désormais dans un port, une entreprise ou un compte bancaire. Il ne se limite plus aux ruelles de Palerme. Europol souligne en 2025 que le “DNA” du crime organisé évolue. La technologie, les tensions géopolitiques et les nouvelles opportunités économiques accélèrent cette mutation. Les forces de l’ordre doivent donc progresser presque aussi vite que leurs adversaires.

C’est peut-être le paradoxe le plus troublant de cette histoire : les mafias survivent parce qu’elles refusent de rester prisonnières du passé. Derrière les rites et les symboles anciens se cachent des organisations profondément opportunistes. À mesure que nos sociétés changent, une question demeure : quelles nouvelles failles sauront-elles exploiter demain ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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