Dans une grotte de République dominicaine, des chercheurs ont identifié des nids d’abeilles fossilisés logés dans des os de mammifères. Publiée fin 2025, l’étude confirme un comportement inédit chez des abeilles fouisseuses et éclaire un écosystème disparu, façonné par des chouettes géantes et la rareté du sol.

Dans la Cueva de Mono, une mandibule trop lisse a révélé des nids fossiles là où l’équipe cherchait des extinctions
Au départ, l’équipe fouillait la Cueva de Mono pour reconstituer des disparitions animales récentes. Puis une mandibule d’hutia a arrêté le regard du chercheur. Sa surface interne, trop régulière, rompait avec l’aspect brut attendu. Ce détail minuscule a tout déclenché.
En nettoyant les fossiles, Lazaro Viñola López a remarqué des cavités lisses, presque concaves. Or un remplissage sédimentaire ordinaire laisse des textures irrégulières. Cette anomalie rappelait d’abord un nid de guêpe. Ensuite, les comparaisons ont orienté l’enquête vers une autre piste.
Les scans ont montré six cellules imbriquées dans une dent et donné un nom à ces traces, Osnidum almontei
Les scans micro-CT ont révélé une architecture nette, compatible avec des cellules de ponte d’abeilles fouisseuses. Leur taille et leurs parois internes très lisses évoquent un groupe probablement proche des Halictidae. Les auteurs ont donc décrit une trace fossile nouvelle, plutôt qu’un corps d’insecte.
Le nom retenu, Osnidum almontei, désigne ces nids fossilisés retrouvés dans des alvéoles dentaires, une vertèbre d’hutia et même une dent de paresseux. Aucun insecte entier n’a été conservé. Toutefois, les structures suffisent à établir un comportement inédit dans le registre connu.
Une cavité a même livré six cellules emboîtées, signe probable d’une réutilisation du même site sur plusieurs générations. Ce point change beaucoup de choses. Il montre une forme de fidélité au nid, rare à documenter dans ce type de fossiles, grâce au scanner 3D.
Autour de la grotte, le calcaire manquait de sol; dedans, des os de chouettes géantes offraient des refuges parfaits
Pour comprendre ce choix, il faut regarder tout l’écosystème. Des effraies géantes occupaient la grotte pendant des générations et y accumulaient leurs proies. Hutias, oiseaux, reptiles et paresseux s’y entassaient. Peu à peu, les os ont créé un stock d’abris au cœur des sédiments.
Dehors, le paysage karstique offrait peu de terre meuble pour creuser. Dans la grotte, au contraire, des dépôts fins s’accumulaient autour des fossiles. Les abeilles solitaires ont exploité cette combinaison rare. Elles ont trouvé dans les cavités osseuses un refuge calibré et protégé.
Cette découverte élargit l’histoire des abeilles, et elle pousse déjà les paléontologues à revoir chaque fossile
Cette affaire rappelle un fait souvent oublié: la plupart des abeilles ne vivent pas en ruche. Beaucoup nichent seules et adoptent des stratégies très variées. Pourtant, utiliser régulièrement des os enfouis n’avait jamais été documenté. Voilà pourquoi cette diversité discrète intéresse autant les spécialistes.
Désormais, les équipes inspectent chaque fossile avant le moindre nettoyage. Un remplissage banal peut cacher une information comportementale majeure. Cette vigilance change la méthode, mais aussi le regard porté sur les grottes tropicales. De plus, elle ouvre un nouveau terrain pour la paléoécologie.
Des milliers de restes attendent encore une étude détaillée dans la Cueva de Mono. D’autres traces, voire d’autres espèces, pourraient émerger de ce matériel. Vous tenez ici la vraie leçon. Même un os déjà fossile peut encore raconter une seconde vie.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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