© A. Mikkelsen; Nielsen, NH et al (2021); Antiquity Publications Ltd.

Avez-vous déjà entendu parler de l’homme de Tollund ? 400 ans avant la naissance de Jésus-Christ, cet homme dont la dépouille a été trouvée au Danemark en 1950 a été victime d’un sacrifice humain, une mort particulièrement violente même pour l’époque. Les archéologues ont récemment fait la découverte du contenu de son ultime repas, de la bouillie et du poisson selon eux.

Une dépouille extrêmement bien conservée

La dépouille de cet homme, qu’on appelle « l’homme de Tollund », a été découverte en 1950 par une simple famille du village voisin du même nom, et qui avait entrepris de creuser le terrain de tourbière pour trouver des matériaux combustibles. Son corps, de même que la corde qui pendait à son cou étaient si bien conservés que la famille a pensé qu’il s’agissait d’une victime d’assassinat récente. Ils ont donc tout d’abord appelé la police, rapporte le musée de Silkeborg.

Très vite, il est apparu que la personne dont on avait trouvé la sépulture avait en fait vécu des milliers d’année en arrière. La raison pour laquelle son corps était si bien conservé ? Cela s’explique par le fait que l’environnement de la tourbière est peu oxygéné, ce qui a de fait préservé les restes de l’homme de Tollund. Petit à petit, les scientifiques ont obtenu plus d’informations sur cette dépouille, et des études ont révélé qu’il était mort entre 405 et 380 avant J.-C., au début du premier âge du fer danois. Ces mêmes études ont également révélé qu’il avait entre 30 et 40 ans lors de sa mort, potentiellement causée par un rite de sacrifice humain puisqu’on l’avait découvert avec une corde autour du cou et placé en position de sommeil dans une fosse de tourbière, ce qui dénote un traitement extrêmement particulier de la sépulture étant donné que la plupart des morts de cette époque et de ce lieu étaient incinérés et enterrés sur la terre ferme, avaient écrit les chercheurs dans l’étude.

Il a été établi que l’homme de Tollund est très probablement décédé à la suite d’un rituel de sacrifice humain, comme nous l’avons souligné plus tôt. Nina Nielsen, archéologue, responsable de la recherche au musée de Silkeborg et chercheuse principale à l’origine de cette étude, a déclaré à Live Science que leur « interprétation de l’homme de Tollund est qu’il a été sacrifié rituellement. À cette époque de l’âge du fer, il était courant d’utiliser les zones humides pour des activités rituelles. » Une autre analyse, réalisée antérieurement, avait révélé que l’homme de Tollund était probablement mort par suffocation, même si son cou n’était pas brisé. Nina Nielsen rapporte également qu’il est « possible qu’un certain nombre de rituels aient eu lieu avant la pendaison de l’homme de Tollund, y compris la consommation de son dernier repas ».

© Museum Silkeborg; Nielsen, NH et al (2021); Antiquity Publications Ltd.

Une découverte loin d’être anecdotique : le dernier repas de l’homme de Tollund

Il est important de savoir qu’une étude avait déjà été réalisée en 1951 sur l’intestin de l’homme de Tollund. À l’époque, ces analyses avaient révélé qu’il avait consommé de la bouillie lors de son ultime repas. Toutefois, comme les techniques d’analyse de l’intestin se sont améliorées depuis 1951, une équipe de chercheurs de notre époque a réexaminé l’intestin du sacrifié.

Nina Nielsen déclare qu’ils ont pu « reconstituer le dernier repas de l’homme de Tollund avec une telle précision qu’il serait possible de le recréer ». Elle ajoute que « c’est assez fascinant, car vous pouvez vous rapprocher de ce qui s’est réellement passé il y a 2 400 ans ».

Cette étude recèle de nombreux intérêts puisqu’elle « élargit nos connaissances sur le régime alimentaire et la préparation des repas à l’âge du fer danois », estime Albert Zink, directeur de l’Institut d’études des momies à Eurac Research à Bolzano, en Italie, qui avait réalisé une étude similaire sur le « dernier repas » d’Ötzi, homme des glaces, mort il y a environ 5 300 ans dans les Alpes.

Zink ajoute que cette nouvelle analyse de la dépouille « montre qu’il est important de réanalyser de tels échantillons, car les méthodes scientifiques s’améliorent continuellement et ainsi de nouvelles informations peuvent être ajoutées. Par exemple, cette étude nous a appris que l’homme de Tollund consommait très probablement du poisson et de la viande. »

© Museum Silkeborg; Nielsen, NH et al (2021); Antiquity Publications Ltd.

Le contenu de ce repas

Pour trouver ces résultats, les scientifiques ont examiné un morceau du gros intestin de l’homme de Tollund, préalablement coupé et conservé. Ils ont observé que même si l’étude de 1951 était assez complète, elle avait notamment fait l’impasse sur des points précis, comme par exemple les proportions des ingrédients du repas. L’analyse la plus récente, quant à elle, a montré que la bouillie était composée de 85 % d’orge, de 9 % d’une mauvaise herbe appelée persicaire pâle et de 5 % de lin. Le 1 % restant comprenait une variété de graines et de trois plantes des zones humides.

Au sujet de la bouillie, Nina Nielsen s’est exprimée : « Habituellement, lorsque les agriculteurs nettoient et tamisent les céréales, les petites graines de mauvaises herbes qui ont été récoltées en même temps, comme celles de la persicaire pâle, tombent. Mais il semble que dans le cas de l’homme de Tollund, ces déchets – y compris de minuscules morceaux de charbon de bois, des croûtes d’aliments carbonisés (indiquant que la bouillie avait été cuite dans un récipient en argile) et des grains de sable – aient été ajoutés à la bouillie. » Elle ajoute que cela est peut-être signe d’une pratique rituelle.

Grâce à une analyse chimique et protéique, les archéologues ont également découvert que l’homme de Tollund avait mangé un poisson gras avec la bouillie environ 12 à 24 heures avant sa mort. Cette information se révèle particulièrement intéressante car si les habitants du premier âge du fer au Danemark mangeaient du poisson, celui-ci ne constituait pourtant pas une part importante de leur régime alimentaire, selon les chercheurs.

Image credit: Museum Silkeborg; Nielsen, NH et al (2021); Antiquity Publications Ltd.

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