Si les fluctuations hormonales sont tout à fait communes après une grossesse, la naissance d’un enfant peut affecter psychologiquement la mère et être à l’origine d’un profond mal-être généralement connu sous le nom de dépression post-partum ou dépression périnatale. Une forme de mélancolie profonde qui touche près de 7 % des mères au cours des trois premiers mois, et qui reste encore peu connue et mal soignée, mais dont la recherche avance cependant : des scientifiques américains ont isolé quatre critères bien précis qui permettraient de mieux repérer et traiter cette dépression sur le long terme.

 

Une maladie sous-estimée mais dangereuse

La dépression post-partum se caractérise par une perte de sommeil, une perte de confiance en soi, une culpabilité excessive, une difficulté croissante à gérer les émotions, des difficultés de concentration, et par une incapacité à gérer le stress.

Des symptômes réels, pris très au sérieux par les professionnels, car ils influent non seulement sur le moral de la jeune maman, mais peuvent aussi avoir un impact extrêmement négatif sur le développement de l’enfant. Chez le bambin, le contact avec une mère malade peut provoquer notamment des difficultés à gérer ses émotions, lui conférant ainsi un risque plus élevé d’être sujet à la dépression en grandissant.

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Cibler pour mieux traiter

Publiée le 15 janvier dans le magazine américain Depression & Anxiety, l’étude pourrait marquer un tournant dans l’appréhension et le traitement de la maladie. En effet, en plus de discerner les principaux symptômes de la dépression, l’étude pourrait prédire si ceux-ci vont disparaître ou à l’inverse s’intensifier durant l’année suivant la naissance de l’enfant en identifiant quatre des principaux facteurs responsables de la dépression. Une excellente nouvelle, car l’identification de ces facteurs tôt après la naissance de l’enfant augmenterait considérablement les chances de guérison, ont déclaré les spécialistes.

Parmi ces symptômes, on trouve des critères tels le nombre d’enfants élevés par la mère, mais également ses performances dans la vie de tous les jours, au travail, ainsi que dans ses relations sociales, son niveau d’éducation, dans le but de déterminer son accès global à certaines ressources, ainsi que l’ampleur de la dépression huit semaines après l’accouchement. L’efficacité de cette étude a été mesurée et atteint l’impressionnant score de 72,8 % de réussite, un chiffre qui illustre un véritable espoir pour les jeunes mamans.

« Dorénavant, lors de la visite des six mois après l’accouchement, nous sommes en mesure de prédire la sévérité de la dépression d’ici un an », a déclaré Sheehan Fisher, auteur principal de l’étude et professeur assistant en psychiatrie et en sciences du comportement, » cela est un tournant pour les jeunes mères et leurs médecins car ils peuvent à présent encourager une prise en charge rapide pour que les femmes multiplient leurs chances de guérison ». L’étude a différencié trois stades d’évolution possible de la maladie : de la rémission graduelle (avec des symptômes qui disparaissent avec le temps), à une amélioration partielle (lorsque les symptômes commencent à s’estomper à partir d’un an ), jusqu’au cas de figure le plus extrême, lorsque les symptômes s’aggravent au fil du temps.

« La question n’était plus ‘est ce que cette femme est en dépression ?’, mais bel et bien ‘dans quelle forme de dépression va-t-elle évoluer’? » a souligné Fisher, « si sa dépression peut potentiellement s’aggraver avec le temps, il faudra alors accentuer le suivi et la médication. » Une perspective de traitement intéressante, car elle permet en effet un ajustement du traitement et du suivi pour chaque patiente. Dans le cas de patientes atteintes de dépression extrême, le traitement, incluant un suivi psychologique et/ou une prise de médicaments, repose en grande partie sur le soutien des proches : il n’est en effet pas rare que le médecin vienne solliciter les conjoints, ou les membres de la famille pour assurer une guérison rapide et suivie.

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Une étude sérieuse réalisée sur plusieurs années

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont récolté des données sur cinq ans, entre 2006 et 2011, sur des femmes prises en charge au centre médicale de Pittsburgh. Les femmes accueillies pour motif de dépression post-partum ont participé à un compte rendu de leurs émotions et ressentis à des stades bien caractéristiques de cet état dépressif.

Aux paliers des trois mois, six mois et 12 mois, elles se sont donc soumises à un examen et à un questionnaire évaluant leurs symptômes dépressifs, leurs habitudes en tant que mère, leur historique médical et psychiatrique, leur expérience obstétrique, ainsi que la santé de leur bambin. Après avoir évalué tous ces critères, les scientifiques ont rentré les données dans un programme informatique créé pour l’occasion, qui devait alors prédire l’amélioration ou la régression de leur dépression, les situant ainsi dans l’un des groupes d’évolution probables.

Avec un taux de 72,8 %, la marge de réussite promise par cette étude est extrêmement encourageante, autant pour les médecins que pour les patientes, qui pourront peut-être enfin profiter de la naissance de leur enfant, sans craindre les symptômes de la dépression post-partum, ou, le cas échéant, en ayant la certitude d’un suivi et d’un soutien psychologique de qualité pour les accompagner dans cette épreuve difficile.

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