Comment un soldat peut-il continuer à combattre pendant près de trente ans après la fin d’une guerre ? Caché sur une île des Philippines, Hiroo Onoda rejetait les journaux, les lettres familiales et les appels à la reddition comme autant de pièges ennemis.

Une mission de guérilla transformée en engagement absolu sans limite de durée
En décembre 1944, la situation militaire du Japon devient désespérée. Le lieutenant Hiroo Onoda, 22 ans, rejoint alors l’île philippine de Lubang, située à environ 150 kilomètres de Manille. Formé au renseignement et à la guérilla, il doit saboter les installations locales, harceler les troupes alliées et empêcher l’ennemi de contrôler totalement l’île.
Avant son départ, son supérieur lui impose un ordre particulièrement lourd : ne jamais se rendre, ne pas se suicider et poursuivre sa mission jusqu’au retour de l’armée japonaise. Ainsi, cette consigne, pensée pour quelques mois de résistance, devient rapidement une règle absolue. Onoda ne se considère donc pas abandonné, mais simplement en attente de nouvelles instructions.
Lorsque le Japon capitule en septembre 1945, des tracts tombent sur Lubang. Pourtant, Onoda les examine, cherche des incohérences et conclut à une manipulation. De plus, les lettres de sa famille et les journaux déposés dans la jungle subissent le même sort. Son entraînement lui a appris à déceler les ruses ennemies. Dès lors, chaque preuve devient suspecte.
Une survie extrême dans la jungle accompagnée d’affrontements meurtriers
Au début, Onoda ne vit pas seul. Trois soldats l’accompagnent dans la végétation, et ensemble, ils se nourrissent de noix de coco, de bananes, de bétail abattu et de riz volé. Cependant, le groupe se réduit progressivement : l’un se rend en 1950, Shimada meurt en 1954, puis Kozuka tombe lors d’un affrontement avec la police en octobre 1972.
Pour les habitants, cette survie extraordinaire n’a pourtant rien d’une aventure romantique. En effet, les hommes attaquent des fermes, incendient des récoltes et échangent des tirs avec les forces philippines. Par conséquent, des témoignages locaux leur attribuent jusqu’à une trentaine de morts, même si le bilan exact reste discuté. Ainsi, la guerre d’Onoda reste imaginaire dans son principe, mais terriblement réelle dans ses conséquences.
Déclaré mort au Japon, il poursuit une guerre ignorée du monde moderne
Faute de nouvelles fiables, les autorités japonaises déclarent Onoda mort en 1959. Dès lors, administrativement, le lieutenant n’existe plus. Pourtant, sous les pluies tropicales, il entretient son uniforme, répare son équipement et conserve son fusil Type 99. Par ailleurs, il observe les avions modernes traverser le ciel, sans y voir la preuve que le monde a changé.
Son raisonnement forme alors une forteresse presque impossible à pénétrer. Le Japon prospère ? Il s’agit probablement d’une invention ennemie. Sa famille l’appelle par haut-parleur ? Elle agit peut-être sous la contrainte. De même, les recherches organisées lui semblent être des opérations militaires déguisées. Ainsi, plus les preuves s’accumulent, plus elles renforcent l’idée d’un complot soigneusement préparé.
La mort de Kozuka en 1972 bouleverse pourtant les autorités japonaises. En effet, si ce soldat, lui aussi déclaré décédé, vient d’être tué, Onoda pourrait encore vivre. Son histoire devient alors une énigme nationale. Plusieurs expéditions échouent, jusqu’à ce qu’un jeune voyageur japonais, Norio Suzuki, décide de retrouver cette silhouette devenue presque légendaire.
La fin de la mission grâce à l’intervention décisive de son ancien commandant
En février 1974, Suzuki découvre Onoda après seulement quelques jours de recherche. Ensuite, les deux hommes discutent longuement et sont même photographiés ensemble. Cependant, le soldat pose une condition : seul son ancien supérieur peut annuler sa mission. Le gouvernement retrouve alors Yoshimi Taniguchi, son commandant de 1944, devenu libraire au Japon.
Le 9 mars, Taniguchi lit officiellement les ordres mettant fin aux opérations. Le lendemain, Onoda se présente avec son sabre, son fusil encore fonctionnel, des grenades et près de 500 cartouches. Ensuite, le président Ferdinand Marcos lui accorde sa grâce, et il rentre au Japon avant de devenir éleveur au Brésil. Ainsi, une question demeure : où finit la fidélité, et où commence l’enfermement ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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