Alors que les scientifiques du monde entier travaillent d’arrache-pied à la création d’un vaccin contre le Covid-19, un mouvement anti-vaccination faible mais déterminé émerge sur les réseaux sociaux.

L’influence des anti-vaccins s’étend rapidement sur la toile

Parmi les fausses informations partagées en ligne par les militants anti-vaccins, on retrouve notamment le fait que les vaccins contre les coronavirus soient utilisés pour « pucer » la population, ou qu’une femme ayant participé à un essai pour le vaccin au Royaume-Uni soit depuis décédée.

En avril dernier, lors de rassemblements en Californie protestant contre les mesures de confinement, certains manifestants portaient des pancartes comportant des slogans anti-vaccins, tandis que la semaine dernière, une vidéo YouTube, désormais supprimée mais ayant totalisé plus de 8 millions de vues, faisait la promotion de théories conspirationnistes au sujet de la pandémie et affirmait, sans preuve aucune, que les vaccins « tueraient des millions de personnes ».

À l’heure actuelle, on ignore quelle part de la population refuserait de recevoir un vaccin contre le Covid-19, et le soutien général en sa faveur reste élevé. Mais certains chercheurs étudiant les mouvements anti-vaccins craignent que les messages régulièrement diffusés sur la toile ne sapent les efforts visant à établir une immunité collective contre le nouveau coronavirus. « En ligne, l’opposition aux vaccins s’est rapidement focalisée sur la pandémie », explique Neil Johnson, physicien à l’université George Washington de Washington DC. « Pour beaucoup de ces groupes, tout tourne désormais autour du Covid. »

Selon son équipe, bien que les groupes anti-vaccins soient à l’heure actuelle de taille réduite, leur stratégie de communication en ligne s’avère d’une efficacité et d’une portée inquiétantes. Dans le cadre de leurs analyses, les chercheurs ont identifié plus de 1 300 pages rattachées au mouvement, suivies par près de 85 millions d’internautes.

Leurs conclusions, récemment publiées dans la revue Nature, suggèrent que les pages anti-vaccination ont tendance à avoir moins d’adeptes mais sont plus nombreuses que les pages pro-vaccination, et sont plus souvent liées à des discussions sur d’autres pages Facebook, telles que les associations de parents d’élèves (dont la position sur la vaccination n’est pas tranchée).

— RomeoLu / Shutterstock.com

« La communauté pro-vaccins s’en tient essentiellement à son discours fondé sur des preuves scientifiques et ne tend pas la main ni ne réagit aux publications circulant parmi les indécis »

À l’inverse, les pages expliquant les avantages de la vaccination, arguments scientifiques à l’appui, sont liées à un réseau qui est largement déconnecté de ce « principal champ de bataille » pour l’opinion publique, selon Johnson. Lors des épidémies de rougeole en 2019, les publications des pages anti-vaccination avaient été davantage partagées sur Facebook que les pages pro-vaccination. En extrapolant les tendances actuelles à l’aide de simulations informatiques, l’équipe de Johnson a estimé que l’opposition aux vaccins pourrait constituer la tendance dominante sur la plateforme d’ici dix ans.

« La communauté pro-vaccins s’en tient essentiellement à son discours fondé sur des preuves scientifiques et ne tend pas la main ni ne réagit aux publications circulant parmi les indécis », note par ailleurs Heidi Larson, qui dirige le Vaccine Confidence Project, chargé d’estimer la confiance du public dans les vaccins.

Le problème ne se limite toutefois pas à Facebook. Début avril, l’équipe de Neil Johnson a mis en ligne une étude distincte sur les messages en ligne concernant le Covid-19. Ce rapport, qui n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs, suggère que des liens se développent sur différentes plateformes sociales entre les groupes anti-vaccins débattant du Covid-19 et d’autres groupes d’intérêt, notamment ceux rattachés à l’extrême droite.

Les groupes pro-vaccins ont un message simple : les vaccins fonctionnent et sauvent des vies. Les arguments anti-vaccins sont nombreux : ils vont des inquiétudes pour la santé des enfants à la promotion des médecines alternatives en passant par le lien entre les vaccinations et les théories du complot. Et il s’avère que les publications anti-vaccination sont diffusées sur beaucoup plus de groupes Facebook que celles pro-vaccins.

Ce schéma montre les connexions entre les positions anti-vaccination (rouge), pro-vaccination (bleu) et indécises (vert), qui suggèrent que le mouvement anti-vaccins a créé et diffusé une multitude de pages et de publications régulièrement consultées et partagées par les personnes indécises.

Des messages anti-vaccins variés cherchant à toucher la corde sensible des internautes

Selon Larson, les militants anti-vaccins ont tendance à gagner des adeptes avec des messages personnalisés et touchants. Ceux-ci ne sont pas nécessairement fondés sur la peur (« Les vaccins vous tueront »), mais cherchent davantage à toucher la corde sensible des internautes (« Aimez-vous vos enfants ? »). Les organismes de santé publique, quant à eux, s’efforcent de pousser davantage de personnes à se faire vacciner, ce qui pourrait donner le sentiment qu’ils essaient simplement d’augmenter leur nombre.

« L’approche doit être très différente pour les personnes indécises », souligne la chercheuse. « Les organisations défendant les vaccins ne sont pas à l’écoute de leurs préoccupations et de leurs questions. »

Si la majorité de la population mondiale est aujourd’hui favorable aux vaccins, et le restera probablement dans le cadre de cette pandémie, les taux de vaccination dans le monde ont plafonné au cours des deux dernières décennies et la suspicion du public à l’égard d’un vaccin Covid-19 pourrait être largement amplifiée par la diffusion rapide des pages anti-vaccins.

« Nous devons être très clairs et transparents au sujet du processus de développement du vaccin », estime Bruce Gellin, du Sabin Vaccine Institute, à Washington DC. « Sinon, lorsqu’il sera commercialisé, les gens se demanderont comment nous pouvons être certains qu’aucun raccourci n’a été pris. »

Pour Larson, il est absolument indispensable que la communication soit réfléchie. « Si le nombre d’infections au Covid-19 baisse d’ici là, le recours à la vaccination sera plus difficile à justifier. Toutefois, si les gouvernements exigent des citoyens qu’ils soient vaccinés pour pouvoir travailler, cela les fera sans doute changer d’avis », conclut la chercheuse.

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Monartctions
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Monartctions

Bonjour, C’est un très bon débat Et l’idée de rendre obligatoire la vaccination aux gens qui travaillent est excellente…. Les personnes âgées le feront d’office car ils ont déjà l’habitude de faire celui de la grippe. Pour les enfants : tout est encore moins justifié !!!! On attend les études… Lire la suite »

Hannibal
Invité
Hannibal

Peut-être que les « anti-vaccins » le sont ou le deviennent de plus en plus au fur et à mesure qu’ils se rendent compte qu’il y a un deux poids deux mesures dans le monde politique et même scientifique, parce qu’il ne faut pas croire, mais les études ne sont pas plus… Lire la suite »