Bien qu’ils se révèlent physiquement très différents, de nouvelles recherches montrent que les insectes que l’on trouve en Amérique du Nord et du Sud sont bien plus proches sur le plan génétique que leurs parents géographiquement éloignés.

Plus de 2 000 gènes analysés pour chaque espèce

Les phasmes bâtons et les phyllies (aussi appelés phasmes feuilles) constituent un groupe d’insectes étranges, présents sur la quasi-totalité des continents et particulièrement répandus dans les zones tropicales et subtropicales. Réputés pour leur taille impressionnante, ces derniers sont les rois du camouflage : ils se confondent avec les brindilles, les feuilles ou l’écorce des arbres afin de tromper la vigilance de leurs prédateurs, volants ou terrestres.

Récemment, une équipe de chercheurs internationale a dévoilé le premier arbre phylogénomique de ces insectes. Leurs conclusions étonnantes ont été publiées dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution. « Auparavant, les relations entre les différents types de phasmes étaient déduites à partir d’une poignée de gènes seulement. Dans le cadre de cette nouvelle étude, plus de 2 000 gènes ont été analysés pour chaque espèce », a expliqué le Dr Sven Bradler, membre de l’université de Göttingen et co-auteur de l’étude.

« Les études précédentes n’avaient pas permis d’expliquer l’évolution rapide de ces insectes. Mais grâce au nouvel ensemble de données beaucoup plus complet établi, nous avons été en mesure de reconstituer l’origine des lignées les plus anciennes », a ajouté le Dr Sabrina Simon, de l’université de Wageningen.

— Brett Hondow / Shutterstock.com

« Les phasmes revêtent un intérêt de plus en plus important pour la recherche sur l’évolution »

Dans le cadre du projet 1KITE, 38 espèces de phasmes on été étudiées par les chercheurs. Et à leur grande surprise, les liens génétiques existant entre les premiers groupes émergents de phasmes bâtons et feuilles ont réfuté en grande partie les hypothèses établies précédemment. Il se trouve en effet que la généalogie reflète davantage la répartition géographique que les similitudes physiques existant entre ces différents spécimens. Les scientifiques ont ainsi identifié deux lignées distinctes : l’une propre au « Nouveau Monde » (espèces existant uniquement sur les continents nord et sud-américain) et l’autre à « l’Ancien Monde » (avec des espèces provenant de l’Afrique à la Nouvelle-Zélande).

Selon Sarah Bank, doctorante à l’université de Göttingen et co-auteure de l’étude : « Les phasmes bâtons de Madagascar, par exemple, descendaient d’une seule espèce ancestrale qui a colonisé l’île il y a environ 45 millions d’années. » L’estimation de l’âge de l’arbre phylogénétique suggère que la plupart des anciennes lignées sont apparues après l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années. Ainsi, le remarquable camouflage des phasmes bâtons et feuilles a très probablement évolué par la suite afin de s’adapter à leurs prédateurs.

« En tant qu’organismes modèles, les phasmes revêtent un intérêt de plus en plus important pour la recherche sur l’évolution », a conclu Sven Bradler.

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