La colchicine est bien connue pour être un produit toxique et dangereux. Quoi qu’il en soit, c’est également un médicament très efficace contre l’arthrite goutteuse. Une nouvelle étude a même montré que ce produit – s’il est utilisé à faible dose – est également efficace pour prévenir certains problèmes cardiaques.  

Une alternative efficace et sans effets secondaires importants pour les maladies cardiovasculaires chroniques

Une équipe internationale de chercheurs a mené des essais cliniques pour tester les effets de la colchicine sur des patients atteints de maladies coronariennes. L’étude, publiée dans la revue New England Journal of Medicine, a montré que la prise à une dose quotidienne de 0,5 milligramme de colchicine réduit en toute sécurité les événements cardiovasculaires majeurs, tels que l’infarctus et les accidents vasculaires cérébraux ischémiques. Plus précisément, le médicament anti-inflammatoire a permis de réduire de 31 % les risques de tels évènements chez les patients qui ont participé à l’étude. Les résultats de cette étude font écho à une précédente étude de 2013 qui a également montré les avantages du traitement à la colchicine sur les patients atteints de maladies coronariennes.

Pour en arriver à ces conclusions, les scientifiques ont réalisé l’essai LoDoCo2 (Low Dose Colchicine 2) sur 5 552 patients atteints de maladie coronarienne chronique. Ces derniers ont été divisés en deux groupes : un groupe recevant la dose quotidienne de colchicine et un groupe témoin traité avec un placebo. Le critère de recrutement principal des participants était l’occurrence antérieure de décès cardiovasculaire, d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral ischémique ou de revascularisation coronarienne provoquée par l’ischémie chez les patients. Ces derniers devaient également être tolérants à la colchicine. Les participants ont été suivis pendant 30 mois.

Plus important encore, les résultats présentés lors de la réunion annuelle de l’European Society of Cardiology (réalisée en visioconférence) ont également démontré que l’utilisation de la colchicine a petite dose n’engendrait pas d’effets secondaires importants, même pour un usage à long terme du médicament. En effet, au cours d’un suivi de cinq ans, la colchicine à faible dose n’a été associée à aucun effet indésirable grave. À noter que plus de 90 % des patients étaient tolérants à la colchicine. Parmi ceux qui étaient intolérants, la plupart ont signalé des symptômes gastro-intestinaux transitoires comme effet secondaire. La neutropénie et la myotoxicité ont également été observées chez certains patients, mais dans des cas rares et pas plus fréquents qu’avec le placebo.

Un médicament qui fait ses preuves depuis des milliers d’années

Il est à savoir que la colchicine est un médicament dérivé du bulbe de la plante de crocus. Ce produit est utilisé depuis l’Antiquité pour traiter l’inflammation, a expliqué le docteur Mark Nidorf, auteur principal de l’étude, dans un communiqué. Actuellement, la colchicine est essentiellement utilisée pour traiter la goutte et la maladie de Behçet. On l’utilise également – mais plus rarement – pour prévenir la péricardite et la fièvre méditerranéenne familiale. Quant à savoir comment la colchicine aide à prévenir certains problèmes cardiaques, le Dr Nidorf a expliqué que le médicament permettait de réduire le processus inflammatoire qui se déroule à l’intérieur de la paroi artérielle lorsque le cholestérol y pénètre et y forme des cristaux.

Les résultats obtenus grâce à cette étude sont très prometteurs dans la mesure où ils fournissent un nouveau traitement contre les maladies coronariennes, et ce, à un coût raisonnable. Pour l’instant, le traitement n’a été testé que sur des patients ayant des antécédents de maladie coronarienne, et la prochaine étape de l’étude sera donc de mener des essais sur des individus sans antécédents cardiaques. Même si d’autres tests sont encore nécessaires, le Dr Nidorf a déclaré que l’étude permet d’ores et déjà de prescrire la colchicine pour la prévention de maladies cardiovasculaires chez les patients atteints de maladies coronariennes chroniques.

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