Chaque nuit, des milliards de minuscules organismes marins remontent vers la surface avant de replonger au lever du jour. Ce mouvement discret, le plus vaste du règne animal, transporte aussi du carbone vers les profondeurs et pèse sur l’équilibre climatique de la planète.

La plus grande migration animale du monde se joue chaque nuit, invisible à l’œil nu, sous la surface des océans
Sous la surface des océans, un mouvement colossal se répète chaque nuit. Des milliards d’organismes microscopiques quittent les profondeurs pour rejoindre les eaux de surface, puis redescendent avant le lever du soleil. Par le nombre d’individus concernés, cette migration verticale dépasse tout autre déplacement animal connu sur Terre.
Le jour, ces créatures restent tapies à plusieurs centaines de mètres de profondeur, à l’abri des prédateurs qui chassent à vue. La nuit venue, elles remontent pour se nourrir du phytoplancton, ces micro-algues qui se développent grâce à la lumière du soleil en surface.
Ce va-et-vient quotidien suit un rythme immuable depuis des millions d’années. Il agit comme une respiration à l’échelle de l’océan tout entier, avec une régularité que les scientifiques commencent tout juste à quantifier avec précision.
Comment ce ballet nocturne aide les océans à piéger le carbone loin de l’atmosphère, durablement
Ce mécanisme porte un nom : la pompe biologique du carbone. En se nourrissant en surface, le zooplancton absorbe le carbone contenu dans le phytoplancton, lui-même capté dans le dioxyde de carbone dissous dans l’eau. En replongeant, ces organismes l’emportent vers les profondeurs.
Une fois dans les abysses, ce carbone se libère par la respiration, les déjections ou la mort des organismes. Il reste alors piégé loin de l’atmosphère, parfois pendant des siècles, au lieu de repartir vers l’air et d’aggraver le réchauffement.
Les scientifiques parviennent enfin à quantifier un phénomène longtemps resté difficile à mesurer
Longtemps, ce phénomène restait difficile à quantifier avec précision. Les chercheurs savaient qu’il existait et soupçonnaient son importance, mais son ampleur réelle demeurait floue, faute d’outils adaptés pour l’observer sur de vastes zones océaniques, de jour comme de nuit.
Les progrès des techniques d’observation et de modélisation changent la donne. Ils permettent désormais d’estimer la quantité de carbone exportée vers l’océan profond grâce à cette migration nocturne, avec une précision longtemps hors de portée des chercheurs.
Ce transport actif, assuré par le déplacement même des organismes, s’ajoute à la simple chute des particules mortes vers le fond. Le zooplancton ne se contente donc pas d’accompagner le stockage du carbone : il en constitue un pilier essentiel.
Le réchauffement des océans menace ce mécanisme climatique fragile et encore méconnu
Le zooplancton reste sensible aux variations de son environnement. Le réchauffement des eaux, l’acidification des océans ou la modification des courants marins pourraient perturber ce rythme installé depuis des millions d’années, avec des conséquences directes sur le climat.
Une baisse de ces populations affaiblirait la pompe biologique du carbone et réduirait la capacité des océans à absorber ce gaz. Les plus petits maillons de la chaîne du vivant se révèlent ainsi parmi les plus déterminants pour l’équilibre climatique.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Catégories: Écologie