Aller au contenu principal

Ce que les icebergs libèrent ne sauve pas le climat : l’océan Austral révèle une limite inquiétante ignorée jusque-là

Une étude récente bouscule nos certitudes sur l’océan Austral. Contrairement aux attentes, le fer libéré par la fonte des icebergs ne stimule pas la vie marine. Ce constat inattendu remet en question la capacité des océans à absorber le carbone atmosphérique issu des activités humaines.

Un iceberg massif flotte dans l’océan Austral, sa surface glacée se fissurant tandis que l’eau sombre l’entoure.
Un iceberg se désagrège lentement au large de l’Antarctique. Une scène spectaculaire qui rappelle que la fonte des glaces ne suffit pas à renforcer l’absorption du carbone par les océans. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En Antarctique, le fer pourtant abondant ne déclenche pas la croissance des algues marines, contre toute attente scientifique

Le fer joue habituellement un rôle central dans les écosystèmes marins. Ce nutriment clé favorise la croissance des algues dans la majorité des océans de la planète. Pourtant, les chercheurs constatent une anomalie marquée dans les eaux glacées de l’Antarctique Ouest.

Les scientifiques supposaient que la fonte des icebergs fertilisait mécaniquement l’océan. Une analyse récente des sédiments marins démontre l’inverse lors des périodes chaudes. Le lien entre fonte glaciaire et vie marine apparaît rompu dans cette zone précise du globe.

Altéré avant d’atteindre l’océan, le fer issu des icebergs devient chimiquement inutilisable pour le plancton

L’origine du phénomène tient à la chimie même du métal. Le fer transporté par les glaces subit de longues phases d’altération avant d’arriver en mer libre. Cette évolution le rend insoluble et chimiquement inaccessible au phytoplancton incapable de l’assimiler.

Torben Struve rappelle l’importance déterminante de cette structure atomique. La quantité totale compte peu si la forme reste inutilisable par le vivant. Cette avancée explique l’absence de productivité biologique dans ces eaux malgré des apports sédimentaires importants.

Moins d’algues, moins de carbone capté : un signal préoccupant pour le rôle climatique de l’océan Austral

Les algues microscopiques fonctionnent comme une pompe naturelle à carbone. En se développant en surface, elles captent le dioxyde de carbone atmosphérique. L’absence de prolifération algale réduit fortement la capacité de stockage du CO2 dans cette région océanique.

Ce dysfonctionnement entraîne des effets directs sur l’équilibre climatique futur. Si l’océan Austral absorbe moins de carbone, davantage restera dans l’air. Les modèles climatiques devront intégrer ce paramètre pour ajuster les projections du réchauffement global à venir.

L’accélération de la fonte de la calotte glaciaire pourrait accentuer ce mécanisme. Elle libérerait davantage de fer inerte, sans bénéfice écologique. Cela indique que la régulation naturelle du climat pourrait s’avérer moins efficace face aux émissions humaines.

Les archives sédimentaires montrent que ce mécanisme s’est déjà produit lors d’anciennes phases de fonte glaciaire

L’analyse des carottes sédimentaires apporte un éclairage historique précieux. Il y a environ cent trente mille ans, un scénario comparable s’est produit. Une fonte importante a relâché des sédiments riches en fer sans stimuler la biologie marine locale.

Ces données anciennes confortent l’interprétation actuelle des chercheurs sur la solubilité du fer. Gisela Winckler souligne l’importance de la qualité des nutriments, plus que de leur volume. Ce regard sur le passé aide à comprendre les interactions complexes entre la glace et les cycles océaniques actuels.

La prudence reste de mise face au recul accéléré des glaciers. Les équipes scientifiques surveillent étroitement le Pacifique Sud et ses circulations. Mieux cerner ces dynamiques permettra d’anticiper les futurs bouleversements de la cryosphère avec davantage de précision.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *