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Image d’illustration — Alessandro Cristiano / Shutterstock.com

Pensant analyser un banal parchemin médiéval trouvé dans un monastère égyptien, des chercheurs ont découvert des fragments de l’un des artefacts astronomiques les plus célèbres au monde sous les textes religieux.

Le Codex Climaci Rescruptus révèle ses secrets

Les matériaux nécessaires s’avérant relativement rares et le processus de fabrication complexe, les moines médiévaux étaient parfois amenés à réutiliser d’anciens parchemins afin de rédiger leurs textes religieux. Pouvant durer des millénaires lorsque stockés dans des conditions optimales, ces supports obtenus à partir de peaux d’animaux étaient grattés à l’aide d’une lame bien aiguisée afin « d’effacer » leur contenu initial.

Ce type de recyclage consistant à rédiger des textes sur des écrits beaucoup plus anciens a été occasionnellement utilisé du début du Moyen Âge jusqu’au XVIe siècle, quand la production de papier s’est généralisée. Si la plupart des exemples étudiés par les scientifiques au fil des décennies présentaient des indices du texte sous-jacent, déchiffrer ce dernier a longtemps représenté une tâche des plus ardues.

Tout a changé grâce à l’imagerie multispectrale, permettant d’obtenir des images haute résolution d’œuvres et documents anciens et de révéler des détails insoupçonnés. Des encres de composition ou d’âge distincts reflétant la lumière de différentes façons, la projection et la combinaison de plusieurs types d’ondes lumineuses permettent de faire ressortir le texte sous-jacent, afin de le rendre lisible.

L’examen du parchemin a révélé des traces d’écritures plus anciennes (en jaune) — © Museum of the Bible 2021

Dans le cadre de travaux publiés dans le Journal for the History of Astronomy, des scientifiques ont appliqué cette approche au Codex Climaci Rescriptus, manuscrit religieux médiéval trouvé en Égypte, et découvert qu’il contenait des fragments du catalogue d’étoiles d’Hipparque. Considéré comme la plus ancienne carte détaillée du ciel nocturne et rédigé par l’astronome grec vers 135 avant J.-C., le document était uniquement connu à travers l’Almageste de Ptolémée, autre catalogue d’étoiles dont plusieurs copies ont persisté jusqu’à nos jours.

Une précision inégalée pendant plus d’un millénaire

Si l’existence de ces fragments du catalogue d’Hipparque avaient été suspectée dès 2017, la nouvelle analyse multispectrale révèle des détails intéressants, notamment en ce qui concerne le lien entre ce catalogue et celui de Ptolémée.

L’un des mystères de longue date était de savoir si Ptolémée avait copié et étendu le catalogue d’Hipparque, ou s’il s’agissait d’une simple référence aux travaux de ce dernier. L’équipe a pu identifier quatre constellations dans les fragments d’Hipparque et découvert que l’emplacement des étoiles les composant était légèrement différent de celui du catalogue de Ptolémée.

Étonnamment, ils ont également constaté que les constellations d’Hipparque étaient plus précises, avec des positions mesurées au degré près. Selon les chercheurs, il a fallu attendre le XVe siècle, avec le catalogue Zij-i Sultani de l’astronome perse Ulugh Beg, pour que cette précision soit égalée.

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