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Basée sur un projet utopique, Brasilia a été inaugurée le 21 avril 1960, alors que les travaux n’avaient commencé que 3 ans plus tôt.

La naissance de Brasilia est le fait d’un homme : Juscelino Kubitschek, président du Brésil de 1956 à 1961. Durant sa campagne, il avait promis « cinquante ans de progrès en cinq ans ». L’une de ses plus grandes mesures aura été la construction d’une nouvelle capitale, éloignée des côtes afin de ne pas être à la merci des attaques maritimes. Depuis 1763, la capitale est Rio de Janeiro mais, considérée comme trop excentrée au sud du pays, la Constitution de 1891 prévoit la création d’une capitale centrale. Ce projet, resté lettre morte pendant plus d’un demi-siècle, devient réalité avec l’élection de Kubitschek, qui fixe par décret la date d’inauguration de la nouvelle capitale au 21 avril 1960, date anniversaire à la fois de la fondation de Rome en 753 av. J.-C. et de l’exécution de Tiradentes en 1792, premier héros de l’indépendance brésilienne.

Le plan pilote est dessiné par Lucio Costa, qui imagine une ville utopique, où les différences sociales seraient effacées, avec des quartiers bien délimités (bureaux, résidences, ministères, commerces, cultes…) afin de séparer le travail de la maison et ainsi offrir une meilleure qualité de vie. Avec Oscar Niemeyer, architecte coauteur du siège de l’ONU à New York, qui sera en charge de dessiner les principaux bâtiments, ils vont sortir de terre ce projet pharaonique, qui sera classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1987. Toutefois, la rapidité de la construction ne doit pas occulter les conditions de travail déplorables des ouvriers, totalement sous le contrôle de la société de construction Novacap, et contraints de travailler jusqu’à 18 heures par jour.

Construite en plein coeur du Cerrado – région de savane d’Amérique du Sud -, soit littéralement au milieu de nulle part, Brasilia a été conçue avec pour unique but d’être le centre du pouvoir brésilien. Le plan pilote, conçu initialement pour accueillir 500 000 habitants, se retrouve désormais au coeur d’une agglomération de plus de 2,5 millions d’habitants. Le projet de Lucio Costa était de créer des villes satellites une fois que le coeur serait peuplé. La réalité est que des villes périphériques se sont construites, à cause de l’arrivée massive de Brésiliens (ce que les constructeurs n’avaient pas anticipé), et les ouvriers notamment qui n’avaient pas de place au coeur de la ville pilote, cette dernière se retrouvant peuplée de moins de 500 000 habitants. Toutefois, les populations les plus pauvres sont contraintes de vivre dans les favelas, allant à l’encontre du projet initial d’une ville sans différences sociales. De même, construite pour la voiture à une époque où cette dernière était reine, les transports en commun y sont pratiquement inexistants, ce qui aujourd’hui apparait comme un désastre écologique.

La capitale brésilienne, qui fêtera le mois prochain ses 60 ans, est née d’un projet un peu fou de construire une ville égalitaire, totalement tournée vers le futur, avec une architecture moderniste. Toutefois, ayant attiré plus de populations qu’elle ne peut en accueillir, ses populations les plus défavorisées se retrouvent laissées pour compte, les déplacements en voiture ne favorisent pas la cohésion sociale, et étant inscrite au patrimoine mondial, elle est désormais figée dans les années 50. On peut se demander ce que penseraient ses architectes de la manière dont leur beau projet a évolué.

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