À trente-trois mètres sous les plaines de la Somme, la cité souterraine de Naours dévoile un immense réseau de galeries taillées dans la craie. Ce refuge historique secret a protégé des populations entières face aux invasions avant de devenir un lieu de mémoire unique.

Un immense réseau de galeries sculpté à la main au cœur de la craie picarde pour y bâtir un village secret
Autrefois exploitée comme carrière au Moyen Âge, cette infrastructure se transforme au fil du temps en un bourg entièrement dissimulé. Le site s’étend sur plus de deux kilomètres et abrite vingt-huit galeries ainsi que trois cents pièces de vie organisées autour de places publiques.
Les habitants locaux appelaient ces pièces des muches, un terme picard désignant des cachettes. Ce labyrinthe obscur maintenait une température stable de 9,5 °C, offrant des conditions de stockage parfaites pour la nourriture et un abri capable d’accueillir près de trois mille personnes en cas d’urgence.
Face au chaos des invasions européennes, le choix radical de disparaître sous terre pour assurer sa survie
Traversée par de multiples conflits depuis l’époque romaine, la Picardie représentait une zone particulièrement vulnérable. Pour fuir les exactions des armées de passage, les familles paysannes s’enfonçaient sous la colline avec leurs réserves de céréales et leur bétail, appliquant une stratégie de dissimulation totale.
Les fouilles archéologiques récentes confirment que le pic d’occupation s’est produit durant la guerre de Trente Ans, entre 1618 et 1648. Les vestiges découverts, tels que des poteries, de la vaisselle et des balles de mousquets, attestent de la longue présence prolongée de ces réfugiés.
Lorsque les affrontements militaires se sont éloignés, la vocation du lieu a profondément changé sous le règne de Louis XVI. Des contrebandiers de sel s’approprièrent alors les galeries pour y cacher leurs marchandises illégales, profitant de l’obscurité pour contourner la taxe de la gabelle.
De la redécouverte fortuite par un curé érudit aux traces indélébiles de la Première Guerre mondiale
Tombée dans l’oubli complet, la cité retrouve la lumière le 15 décembre 1887 grâce à l’abbé Ernest Danicourt. Ce curé passionné d’histoire et d’archéologie consacra vingt-cinq années de son existence à explorer et déblayer ce réseau, exhumant des pièces de monnaie et de précieux objets du quotidien.
Devenue ensuite une attraction touristique locale, la structure souterraine prend un rôle inattendu durant la Grande Guerre. Des contingents de soldats au repos viennent visiter les carrières, laissant derrière eux environ trois mille graffitis gravés à même la roche, à faible distance des lignes de front de la Somme.
Les troupes du Commonwealth, en particulier les militaires australiens, représentent la grande majorité de ces signatures historiques. Ces hommes inscrivaient leurs noms, unités et villes d’origine, traçant un témoignage poignant avant de retourner au combat, où beaucoup allaient perdre la vie dans les tranchées voisines.
Un site stratégique militarisé au XXe siècle désormais préservé par d’importantes rénovations en 2026
Au cours du second conflit mondial, l’armée britannique utilise d’abord le site comme dépôt de matériel. En 1941, les forces allemandes prennent le contrôle des galeries pour stocker des munitions, avant de transformer l’endroit en base défensive fortifiée rattachée directement au mur de l’Atlantique.
Actuellement, l’accès du public demeure suspendu en raison d’un vaste chantier de rénovation. Parallèlement, des spécialistes de l’INRAP effectuent des recherches minutieuses afin de redonner une identité précise à chaque soldat dont le nom reste gravé pour toujours dans la craie de cette colline.