L’incroyable ascension de Bill Richmond : d’esclave à superstar de la boxe

L’incroyable ascension de Bill Richmond : d’esclave à superstar de la boxe

Esclave durant la guerre d’indépendance des États-Unis, Bill Richmond arrive en Angleterre en 1777. Il apprend ensuite les rudiments de la boxe et ne tarde pas à s’illustrer dans cette discipline en mettant au tapis des adversaires particulièrement coriaces. Retour sur l’histoire méconnue de cette légende du sport.

UNE LÉGENDE DE LA BOXE

Bill Richmond naît esclave le 5 août 1763 à New-York. Lorsque les Britanniques débarquent en 1776, il accepte de rejoindre leurs rangs en l’échange de sa liberté. Le jeune soldat de 13 ans ne tarde pas à attirer l’attention du général Hugh Percy en mettant au tapis trois anglais qui se moquaient de lui et le harcelaient. Sidéré par sa force hors du commun, le général prend Richmond sous son aile et retourne en Angleterre avec lui, où ce dernier reçoit une éducation formelle et apprend le métier d’ébéniste.

S’il mène une vie relativement paisible en Europe, Richmond reste la cible de nombreuses attaques racistes. Les membres de la classe ouvrière anglaise, qui ne supportent pas son union avec une blanche, le provoquent sans cesse et Bill est souvent contraint de jouer des poings dans les rues de Londres.

En Angleterre, Bill Richmond est régulièrement provoqué par des passants et doit jouer des poings pour se faire respecter

En 1804, l’homme désormais âgé de 41 ans assiste à un match de boxe opposant Henry Pearce à Joe Berks. À l’issue du combat, il défie George Maddox, considéré comme l’un des meilleurs combattants de l’époque. Bien que Bill ne démérite pas, il finit par s’incliner face à un Maddox bien plus expérimenté. Mais cela ne l’empêche de se lancer corps et âme dans ce sport.

Il remonte sur le ring l’année suivante et inflige des défaites cinglantes aux adversaires qu’il affronte. Combattant émérite, Richmond va également révolutionner les fondements de la boxe anglaise.

À l’époque, il s’agit d’une discipline extrêmement brutale (les boxeurs combattent à mains nues et les fractures sont extrêmement fréquentes) dans laquelle les deux combattants restent immobiles sur le ring et échangent des coups jusqu’à ce que l’un d’eux finisse au tapis. Ce dernier dispose ensuite de 30 secondes pour revenir au centre du ring, et s’il y parvient, le combat se poursuit. Le nombre de rounds n’étant pas limité, seul le KO de l’un des deux boxeurs peut mettre un terme au combat.

Bill Richmond va « briser » les règles de cette discipline en privilégiant l’esquive afin de pouvoir mieux contrer ses adversaires. Si cette approche semble aujourd’hui évidente, elle est à l’époque révolutionnaire, et de nombreux observateurs accusent Bill de combattre lâchement.

EN PRIVILÉGIANT L’ESQUIVE POUR MIEUX CONTRER SON ADVERSAIRE, BILL RICHMOND RÉVOLUTIONNE LA BOXE

Le boxeur vétéran accumule les victoires face aux meilleurs combattants d’Angleterre, et la presse ne tarde pas à la surnommer « The Black Terror » (littéralement « La Terreur Noire »).

Selon les clichés raciaux de l’époque, les Blancs sont naturellement plus intelligents et supérieurs aux Noirs dans tous les domaines, y compris le sport, et l’incroyable ascension de Bill Richmond irrite de nombreux journalistes : il est non seulement plus fort que ses homologues blancs, mais également plus inventif.

Bill « The Black Terror » Richmond en plein combat

En 1805, Richmond participe au combat de sa vie, qui l’oppose à Thomas Cribb, une étoile montante de la discipline. Beaucoup plus jeune, Cribb pèse également 30 kilos de plus que son adversaire, ce qui force Richmond à adopter un style extrêmement défensif. Après 90 minutes de combat, « The Black Terror » se rend compte qu’il ne pourra remporter le match et décide de jeter l’éponge.

Au cours des quatre années qui suivent, Bill Richmond prend sous son aile les jeunes boxeurs les plus prometteurs d’Angleterre et se consacre exclusivement à leur entraînement.

Alors qu’il approche de la cinquantaine, il décide de remonter sur le ring et prend sa revanche sur George Maddox. Grâce à cette victoire, il amasse assez d’argent pour pouvoir s’offrir le « Horse and Dolphin », un pub londonien.

C’est là-bas qu’il rencontre Tom Molineaux, un jeune boxeur talentueux qui se révèle également être un ancien esclave afro-américain. Durant les mois qui suivent, Richmond entraîne son jeune protégé afin qu’il soit en mesure d’affronter Thomas Cribb, alors champion d’Angleterre poids lourds.

En décembre 1810, Cribb s’impose après 35 rounds face à Molineaux au terme d’un match controversé : le boxeur anglais a eu droit à plus de 30 secondes pour se relever d’un KO, et Molineaux a été attaqué et blessé par des spectateurs durant le combat.

Bill Richmond livre son dernier combat en 1815, en démolissant le jeune Tom Shelton, âgé de 26 ans. Il se consacre ensuite pleinement à sa carrière d’entraîneur et donne des cours de boxe aux membres de la haute société britannique. Devenu proche de Lord Byron, il assiste même au couronnement du roi George IV en 1821.

EN 1821, RICHMOND EST INVITÉ À ASSISTER AU COURONNEMENT DE GEORGE IV

Illustration du combat de boxe légendaire qui opposa Molineaux (Bill Richmond se trouve à sa gauche) à Thomas Cribb en 1810

Il s’éteint dans la nuit du 28 décembre 1829, à l’âge de 66 ans, après avoir passé la soirée dans une taverne appartenant à Thomas Cribb (longtemps rivaux, les deux hommes étaient devenus de grands amis). Bien que la carrière de Richmond ait été relativement brève (17 victoires en 19 combats sur une période de 10 ans), il a largement contribué à révolutionner la discipline et a été logiquement intronisé à l’International Boxing Hall of Fame en 2005.

Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent.

— Ken Loach