Les besoins mondiaux en métaux, à l’heure de l’explosion des besoins de composants nécessaires à la fabrication des voitures électriques et cellules solaires, poussent chercheurs et industries à se tourner vers l’exploitation minière des fonds marins, ou deep sea mining.

Le deep sea mining se développe

À ce jour, il existe trois manières d’exploiter les ressources minières de l’océan : l’exploitation des monts hydrothermaux, celle des croûtes de cobalt, mais le procédé qui intéresse le plus industriels et chercheurs est l’extraction des nodules, ces roches (de la taille d’une pomme de terre) très riches en métaux dont la demande se fait de plus en plus pressante — du cobalt en majorité, mais aussi du cuivre, du manganèse et du nickel. Ces nodules se trouvent à la surface du sol des fonds marins plats, entourés d’eaux particulièrement claires, comme dans la zone Clarion-Clipperton au milieu du Pacifique, ou au large des îles Canaries dans l’Atlantique.

Jusqu’ici, l’exploitation minière était considérée comme techniquement trop difficile, notamment à cause des conditions de pression et l’obscurité (à 5 km de profondeur). Aujourd’hui, l’extraction paraît de plus en plus faisable, mais les scientifiques s’y prennent avec prudence — devant les enjeux économiques massifs, la question ne semble pas être si, mais quand se développera l’industrie mondiale du deep sea mining

L’industrie n’a plus l’immunité environnementale dont elle pouvait jouir auparavant : pour ne pas reproduire les destructions massives de l’exploitation minière traditionnelle, chercheurs et ingénieurs veulent faire le moins de dégâts sur les hommes et les écosystèmes. Aujourd’hui, l’extraction actuelle des ressources en cobalt passe en majorité par la République démocratique du Congo (RDC) qui, rapporte la BBC, a vu au cours des années des affaires de travail d’enfants, des dommages sur l’environnement et un système de corruption généralisé.

Une problématique technique majeure survient au moment où les appareils doivent racler le fond de l’océan sur une épaisseur de 10-15 centimètres, afin de « récolter » les fameux nodules, avant de les pomper vers un navire mère resté à la surface. L’eau de ces milieux est très claire, et la poussière et le sable soulevés mettent en danger la faune locale qui se trouve désorientée, et ce, sur des kilomètres carrés autour des zones d’extraction — des expéditions tendent à comprendre comme les résidus se diffusent dans le fond marin, comment ils interagissent avec le courant, pour permettre de réduire leur expansion.

© Massachusetts Institute of Technology (MIT) – YouTube

Pour répondre aux besoins en cobalt, aller en mer pour réduire les destructions sur terre ?

Plusieurs projets parallèles de recherche sont en cours afin de déterminer toutes les implications techniques, humaines et environnementales de l’extraction. Le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) conduit dans le Pacifique des tests pour développer une démarche d’extraction la plus propre possible — pour à terme voir un usage industriel se normaliser dans un marché qui pourrait atteindre des centaines de milliards de dollars.

Blue Nodules est un autre projet de recherche soutenu par l’Union européenne. À sa tête, Laurens de Jonge explique à la BBC que le coût infligé à l’océan pourrait être épargné sur terre :

« L’accès n’est pas difficile — vous n’avez pas à entrer au fond des forêts tropicales ou dans les profondeurs des mines. Tout est déjà disponible sur le sol du fond de l’océan, c’est presque comme récolter des pommes de terre à seulement 5 kilomètres de la surface. » 

Le besoin grandissant en ressources minières ne semble pas laisser de choix à la recherche d’une solution viable. La plupart des batteries modernes contiennent du cobalt, et le marché mondial explose : à l’échelle mondiale, le nombre de véhicules électriques a quintuplé entre 2014 et fin 2017.

Voici un état des recherches et projets du MIT sur l’extraction des nodules, puis le retour des sédiments capturés dans les fonds marins [en anglais]
© Massachusetts Institute of Technology (MIT) – YouTube

Défis techniques, découvertes scientifiques et patrimoine commun de l’humanité

Les écosystèmes de ces fonds marins sont mal connus. Si les chercheurs savent que la biomasse y est relativement faible, la diversité des espèces est pourtant très large : les enjeux de ces recherches sont aussi scientifiques, ce qui doit pousser les chercheurs à la prudence sur l’impact porté sur les milieux naturels. 

Henko de Sigter, de l’institut néerlandais de recherche marine NIOZ, explique que « de nombreuses espèces sont inconnues ou indéfinies, et nous pouvons encore moins prévoir comment elles réagiront à cette activité – nous pouvons seulement estimer ».

« La nouveauté est que nous entrons dans un environnement qui est presque complètement intact », précise-t-il. 

— Andrey Suslov / Shutterstock.com

Par ailleurs, ces nouvelles étapes dans l’exploitation des ressources de notre planète vont sans doute pousser la communauté internationale à retracer les concepts de propriété territoriale commune et patrimoine commun. Ce que l’ISA, International Seabed Authority, basée à Kingston, une agence de l’ONU chargée des ressources du fond de l’océan, exprimait dans son traité sur la loi de la mer de 1982 : « Le lit de la mer, le fond de la mer et le sous-sol de celle-ci, au-delà des limites de juridiction nationale, sont l’héritage commun de l’humanité. »

Il reste donc à observer si, au fil du temps, les intérêts environnementaux pourront, une fois n’est pas coutume, être respectés et rester légitimes face à la manne financière.

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