Le confinement est une véritable épreuve, encore plus lorsque les personnes sont enfermées dans d’étroites cabines. Après plusieurs mois passés en mer, le désespoir monte parmi les membres d’équipage qui se voient interdits de débarquer par mesure de sécurité. À tel point que plusieurs d’entre eux se sont suicidés.

Plusieurs suicides chez des membres d’équipage

Le confinement des membres d’équipage sur les bateaux de croisière est très difficile à vivre. À tel point que, selon l’AFP, plusieurs membres d’équipage se seraient donné la mort dernièrement, tandis que d’autres auraient entamé une grève de la faim afin d’obtenir l’autorisation de rentrer chez eux.

Dimanche, une Ukrainienne de 39 ans s’est donné la mort en se jetant par-dessus bord du Regal Princess, au large du port néerlandais de Rotterdam, comme l’a confirmé la compagnie Princess Cruises. Le navire était sur le point de rapatrier son personnel confiné à bord.

Un homme se serait également suicidé samedi à bord du Carnival Breeze, qui naviguait entre les Bahamas et l’Europe, où son équipage devait débarquer. « Sa mort n’est pas liée au Covid-19, mais par respect pour sa famille, nous ne donnerons pas plus de détails », a commenté un porte-parole du groupe Carnival à l’AFP. Selon le site Crew Center, il s’agirait d’un salarié de 29 ans originaire de Hongrie. « La dépression nous frappe durement à bord après une longue période d’isolement sur les navires », s’est plaint un membre d’équipage auprès du site. « Nous sommes dans le noir, il n’y a aucune information sur le moment où on arrivera au Royaume-Uni et sur la façon dont on va pouvoir rejoindre nos maisons », a déclaré un autre membre de l’équipage.

Un employé d’un autre bateau, le Jewel of the Seas, est mort le 2 mai après être passé par-dessus bord. Une enquête est actuellement en cours, alors que le navire est ancré dans la zone maritime près de l’îlot d’Agios Georgios, à 50 km au sud d’Athènes. Selon le site grec Pireas News, « il a fallu plus de 48 heures pour se rendre compte de l’absence du marin de 27 ans ».

— Yoshikazu TAKADA / Flickr

Des grèves de la faim pour avoir le droit de débarquer

Quatorze membres d’équipage du Navigator of the Seas, actuellement ancré dans le port de Miami, ont débuté une grève de la faim afin de pouvoir retourner à terre. Cela fait plus de 72h qu’ils n’ont rien mangé. « Nous avons le sentiment d’être tous pris en otage », a confié l’un d’eux au Miami Herald sous couvert d’anonymat. « La compagnie (Royal Caribbean) doit comprendre que nous ne sommes pas des cartons de nourriture que l’on peut bouger ici et là. »

Jim Walker, avocat spécialiste en droit maritime, a expliqué à nos confrères de RFI que « la priorité des lignes de croisières, c’était de mettre leurs clients à l’abri. Les équipages, eux, sont le cadet de leurs soucis. Cela fait maintenant deux mois qu’ils sont à bord des paquebots. La moitié d’entre eux ne sont même plus payés. Le droit maritime stipule qu’il faut rapatrier son équipage dans un temps imparti. Mais ce que les lignes de croisières font, c’est chercher le moyen le moins cher de le faire. Au lieu de payer des billets d’avion depuis les États-Unis, elles transbordent les équipages dans des bateaux qui naviguent longuement vers leurs pays d’origine. »

« Je sais que ces compagnies traversent une période difficile avec le Covid-19, mais elles engrangent chaque année des milliards de dollars, qui échappent au fisc américain car leurs bateaux sont immatriculés à l’étranger, continue l’avocat spécialiste en droit maritime. Et plus grave encore, elles échappent ainsi à la législation américaine du travail. Les compagnies maritimes disposent de leurs employés comme elles le veulent. Mais dans ce cas, vous ne pouvez pas retenir un équipage à bord contre sa volonté. C’est une violation du droit maritime. »

Selon les garde-côtes américains, 104 bateaux de croisière se trouvent en ce moment au large des États-Unis, avec près de 72 000 membres d’équipage au total à bord.

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