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Des décennies après le largage de 200 000 barils radioactifs dans l’océan, les conséquences étudiées

La plupart des fûts étudiés se trouvaient dans un état de détérioration avancé

Depuis la Révolution industrielle, l’Humanité a produit une quantité vertigineuse de déchets, dont il n’est pas toujours facile de se débarrasser. Parmi les plus inquiétants : les centaines de milliers de barils radioactifs jetés dans l’Atlantique entre 1950 et 1990.

Largages massifs

Au cours des premières décennies du nucléaire civil, on supposait que se débarrasser des déchets radioactifs de faible activité, placés dans des fûts métalliques scellés, en les jetant dans l’océan constituait une stratégie plutôt sûre. En 1975, la Convention de Londres a mis un sérieux coup de frein à cette pratique, qui n’a toutefois totalement cessé qu’au début des années 1990.

En l’espace de quatre décennies, ce sont quelque 200 000 barils qui ont été laissés à leur sort dans le seul océan Atlantique, et ce n’est que récemment que les scientifiques ont commencé à se pencher sérieusement sur les conséquences environnementales de ces largages.

Courant mai, les membres du projet Nodssum, piloté par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), ont embarqué à bord du « Pourquoi Pas ? ». Au total, une vingtaine de plongées, à bord du submersible avec équipage Nautile, ont été effectuées dans le nord-est de l’Atlantique, à des profondeurs dépassant 4 700 mètres.

Une première campagne menée en 2025 avait permis de cartographier précisément 3 355 fûts sur une zone d’environ 160 kilomètres carrés. La dernière en date s’est concentrée sur les contenants les plus « intéressants ».

Des niveaux de radioactivité plus faibles que prévu

Globalement, les fûts observés se trouvaient dans un état de détérioration avancé, impliquant dans de nombreux cas la libération de leur contenu dans les eaux environnantes. Bonne nouvelle toutefois : les mesures in situ ont révélé des niveaux globaux de radioactivité plus faibles que ceux attendus.

Si des radionucléides associés aux déchets, comme le cobalt-60 et le niobium-94, étaient bien détectables, l’équipe a expliqué avoir pu manipuler les échantillons (eaux, sédiments et organismes marins) sans utiliser d’équipements de protection radiologique importants. La prochaine étape va consister à les étudier plus en détail, afin de déterminer précisément l’impact de ce type de rayonnement sur la vie marine profonde.

Les chercheurs ont également observé des animaux marins colonisant directement les fûts, notamment des anémones, des éponges et des crabes. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de la zone d’exclusion de Tchernobyl, réinvestie par la faune sauvage peu après la catastrophe.

Il ne s’agit évidemment pas de la seule source de pollution marine. On estime que quelque 11 millions de tonnes supplémentaires se retrouvent chaque année dans les océans et les mers.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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