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Après des siècles de chasse, les populations des baleines à bosse ont frôlé l’extinction dans les années 1950. Une étude a observé précisément la population des baleines à bosse du Sud-Ouest, qui s’est remise presque entièrement de son exploitation de masse. 

Une exploitation millénaire, dévastatrice depuis le 19e siècle

La chasse intensive fut, de la fin du XVIIIe siècle aux années 1950, dévastatrice pour toutes les populations de baleines à bosse. Les baleines sont traquées depuis des millénaires pour leur viande et leur lard ; certaines sources font remonter la pratique à 6000 avant J.-C. À partir du XVIe siècle, leur chasse était une des principales activités de régions côtières de la France et de l’Espagne. L’industrie s’est organisée à partir du XVIIe siècle, et de nombreux concurrents se disputaient le marché de la baleine aux XVIIIe et XIXe. Dans la première moitié du XXe, l’apparition des navires-usines, permettant de préparer le produit tout juste sorti de l’eau, a précipité sa disparition : dans les années 1930, près de 50 000 baleines étaient chassées chaque année. 

Les populations de l’Atlantique du Sud-Ouest, qui passent leurs étés au large de la Géorgie du Sud et des îles Sandwich du Sud et se reproduisent en hiver le long des côtes de l’Amérique du Sud, ont subi pleinement cette industrie : c’est dans la plus grande période d’activité de chasse, au début du XXe que leur population s’est le plus dangereusement réduite. On estimait leur nombre à près de 27 000 spécimens en 1830 : au milieu des années 1950, il n’en restait que près de 450. 

Le retour à des niveaux de population pré-exploitation intensive

Une étude, présentée dans The Royal Society Publishing, a étudié leur population actuelle plus de 50 ans après les premiers efforts de conservation, initiés quand l’espèce se trouvait au bord de l’extinction.

Au moment où la chasse à la baleine « représentait une des formes d’exploitation de ressources naturelles la plus intense et la plus destructive », une prise de conscience mondiale a permis la protection des espèces en danger, et en 1986, la Commission internationale de la chasse à la baleine (IWC) a banni sa pratique commerciale. 

En reconstituant précisément les cycles des mouvements suivis par les spécimens, les scientifiques ont pu estimer, de manière plus précise que les observations antérieures, les populations antérieures et actuelles. La date de la plus basse population remonte en 1958, quand ne subsistaient que près de 440 individus. Les années 1960 ont vu une certaine accalmie jusqu’en 1967, quand des navires soviétiques ont éliminé illégalement près de 190 baleines — il n’existe plus de trace de chasse depuis 1972, où la population a pu se reconstituer jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, 24 900 baleines vivraient dans cette région, c’est-à-dire environ 93 % de la population pré-chasse intensive, et la population devrait avoir retrouvé son nombre initial en 2030. 

« Nous étions surpris d’apprendre que la population se remettait plus rapidement que des études du passé ne l’avaient suggéré », explique John Best, un auteur doctorant de l’université de Washington, dans un communiqué. 

Un suivi continu, et des résultats prometteurs pour toute forme de conservation

L’observation appliquée des populations de baleines devra être poursuivie : leur retour va modifier le milieu qu’elles occupent, tandis que le réchauffement climatique provoque au sein des écosystèmes des mutations qui ne sont pas encore entièrement connues. 

Alexandre Zerbini, l’auteur principal de l’étude, explique : « Le retour des baleines à bosse dans la région ouest de l’Atlantique Sud a le potentiel de modifier la structure de l’écosystème dans leurs habitats autour de la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud. Pour cette raison, il est important de poursuivre l’enregistrement de leur abondance et les potentielles mutations dans leur répartition afin de comprendre comment le krill et ses prédateurs, y compris les baleines, vont répondre aux effets du changement climatique et si les effets auront un effet sur leurs populations. »

En attendant, cette bonne nouvelle permet d’observer clairement les retombées précises des efforts de conservation d’une espèce : Zerbini observe que, de manière générale, « les populations peuvent se remettre de l’exploitation si une gestion adéquate est appliquée ». 

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