
De récentes fouilles menées sur une île de l’Arctique sibérien ont permis d’éclairer la vie des habitants du « village préhistorique le plus isolé du monde », il y a environ huit millénaires.
Les chasseurs préhistoriques de Jokhov
Faisant aujourd’hui partie de l’archipel des Nouvelles-Sibériennes, l’île Jokhov était autrefois reliée au continent eurasien. Au fil des décennies, les archéologues y ont mis au jour un nombre surprenant (compte tenu de la latitude remarquablement septentrionale à laquelle elle se trouve) d’artefacts préhistoriques, incluant outils en pierre et objets taillés dans l’ivoire de mammouths, ainsi que les vestiges d’habitations.
Sur la base de ces découvertes, on estime qu’il y a entre 8 250 et 7 800 ans, d’anciennes communautés de chasseurs arctiques occupaient cette colonie de façon permanente. Chassant les troupeaux de rennes entre le printemps et l’automne, ceux-ci se rabattaient vraisemblablement sur les ours polaires durant l’hiver. Plutôt que de les attaquer frontalement, ces anciens humains auraient ciblé les femelles allaitantes, passant la saison froide dans leurs tanières.
Les autres ossements trouvés à Jokhov suggèrent que ces groupes d’humains auraient également élevé massivement des chiens robustes, à même de tirer les plus anciens exemples de traîneaux en bois jamais découverts. Ces attelages permettaient notamment l’acheminement vital de ressources et de vivres.
Appuyant cette hypothèse, l’analyse géochimique de 14 des 79 outils en obsidienne mis au jour sur l’île révèle que cette roche volcanique provenait essentiellement des environs du lac Krasnoe, situé à 1 500 kilomètres de là. Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Antiquity, une telle distance suggère un vaste ensemble de routes commerciales interconnectées.

Circulation des marchandises et des connaissances
Globalement, ces découvertes renforce l’idée que les populations de l’Holocène précoce de l’Arctique du nord-est de la Sibérie disposaient d’un réseau commercial remarquablement développé. Celui-ci aurait couvert jusqu’à 4 millions de kilomètres carrés, facilitant ainsi la transmission de connaissances et la diffusion culturelle.
« La capacité de ces communautés préhistoriques à parcourir des distances remarquables et les liens étroits qu’elles entretenaient indique un recours généralisé aux chiens de traîneau », écrivent les chercheurs. « Elle suggère une communication quasiment aussi efficace que celle observée dans des régions nettement moins hostiles. »
Précédemment, l’analyse d’excréments fossilisés avait révélé que l’ours polaire figurait également au menu des canidés de Jokhov.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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Catégories: Histoire, Actualités