Les animaux se suicident-ils ?

Les animaux se suicident-ils ?

Depuis l’Antiquité, la question du suicide des animaux est posée. Plusieurs cas d’animaux qui semblent mettre fin à leurs jours ont été répertoriés. Depuis tout ce temps, le mystère entourant ce phénomène est resté entier, à tel point qu’au XIXe siècle, les scientifiques se passionnent pour la question. De nombreux cas d’animaux mettant fin à leurs jours ont été dévoilés par la presse, aussi, on pourrait penser que ces animaux se sont simplement suicidés. Mais est-ce réellement le cas ? On vous donne la réponse.

LES ANIMAUX AUSSI PEUVENT SOUFFRIR DE TROUBLES MENTAUX

En 1845, un chien noir s’est jeté à l’eau. Cette histoire a été relayée par le journal anglais Illustrated London News. Selon les sources interviewées par le journal à l’époque, ce chien était « heureux, bien éduqué et valeureux ». Fait surprenant, ses pattes étaient raides, ce qui est très inhabituel pour un chien dans l’eau, il est donc évident qu’il ne s’est pas simplement noyé. Plus étonnant encore, après son sauvetage, le chien aurait de nouveau tenté de se « jeter à l’eau et de couler une seconde fois », en réussissant cette fois. Si l’on en croit les articles d’époque, deux autres cas similaires ont été rapportés : un canard noyé volontairement et un chat retrouvé pendu à une branche, dont les chatons sont décédés.

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Un chien via Shutterstock

Très vite, les scientifiques se passionnent pour la question du suicide chez les animaux. Ainsi, William Launder Lindsay, psychiatre ayant exercé au XIXe siècle, attribue une certaine « mélancolie suicidaire » à ces animaux, « littéralement pris de fureur et de folie » avant leur suicide. Ces idées ont par la suite été reprises par les associations de protection des animaux de l’époque, dont la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA), basée au Royaume-Uni.

Affiche récente de la RSPCA

Cette théorie a permis aux activistes d’humaniser les émotions animales, explique Duncan Wilson, historien de la médecine à l’Université de Manchester, après avoir consulté les archives évoquant le suicide animal. « Ils ont utilisé cette étude pour prouver que les animaux ont la même capacité de réflexion et d’action que les humains. Suivant cette théorie, ils peuvent choisir de se tuer par chagrin ou par colère ».

Au même titre que les humains les animaux peuvent être atteints de maladies mentales, en particulier lorsqu’ils sont stressés, ce qui peut les mener à la dépression – et au suicide chez les humains-. On sait aussi que certains animaux adoptent des comportements longtemps attribués aux humains uniquement. Par exemple, des animaux en captivité se sont tués car ils étaient trop stressés par leurs conditions de vies, trop éloignées de leur environnement naturel. Ces animaux présentaient des troubles mentaux tels que le stress, le stress post-traumatique ou la dépression. Pour Antonio Preti, psychiatre à l’Université de Cagliari en Italie, « Cela peut aussi être vu comme une façon pour l’animal d’échapper à son emprisonnement ».

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PENSEZ QU’UN ANIMAL SE SUICIDE COMME LE FERAIT UNE PERSONNE RELÈVE D’UNE INTERPRÉTATION ROMANTIQUE TOUT À FAIT HUMAINE

Pour le psychiatre, qui a tenté de répondre à la question après avoir décortiqué la littérature scientifique et consulté plus de 1 000 recherches publiées ces 40 dernières années sur le sujet, il n’y a aucune preuve confirmant l’existence du suicide chez les animaux.

Plusieurs raisons peuvent amener un animal à se tuer. D’après Preti, la mort d’un animal domestique peu après son maître peut être due à la rupture d’un lien social. L’animal ne prend pas la décision consciente de mourir, mais il est tellement habitué à recevoir de la nourriture de son maître qu’il la refuse si elle vient d’un autre individu et se laisse mourir de faim. « Penser qu’un animal se suicide comme le ferait une personne après la mort d’un conjoint relève d’une interprétation romantique tout à fait humaine », ajoute Preti.

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Les insectes et les araignées peuvent aussi être contaminés par le Cordyceps, un champignon qui les contamine et tue à petits feux en touchant leur système nerveux. Certains animaux mettent aussi fin à leurs jours pour le bien de leurs congénères. On a ainsi déjà vu une araignée se laisser manger par ses petits pour assurer leur survie sur la durée.

Même si ce genre de comportement semblent suicidaires, on ne sait si ces animaux avaient une réelle intention de mettre fin à leurs jours. Certains scientifiques pensent que la réponse est impossible à trouver. D’autres, en revanche, estiment que les animaux n’ont pas de réelle intention de se tuer, car ils n’ont pas les capacités cognitives suffisantes pour cela. Pour eux, la principale différence entre eux et nous, c’est notre capacité à nous projeter dans un futur lointain.

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L’IMAGINATION, ENTRE AUTRES, NOUS DIFFÉRENCIE DE NOS COUSINS PRIMATES

Certains animaux comme les oiseaux, les bonobos et les orang-outans sont capables de planifier en prévention du futur, mais ils le font avant tout pour leur survie. Ils ne possèderaient pas la capacité d’abstraction que cette action demande chez l’Homme, qui nous est aussi essentielle pour avoir pleinement conscience de notre place dans le monde, de notre existence et de ce qu’implique le fait d’être en vie.

Tous ces facteurs ont d’ailleurs un dénominateur commun : l’imagination. « Les humains sont capables d’imaginer des scénarios et de s’intégrer dans le récit », ce qui nous différencierait de nos proches cousins primates, affirme Thomas Suddendorf, psychologue évolutionniste à l’Université de Queensland en Australie. Cependant, cette capacité a un prix, selon le psychologue : « Nous nous inquiétons beaucoup pour peu et nous pouvons ressentir une anxiété persistante dans des situations parfois sans issue ».

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Nous possédons aussi un optimisme naturel, qui fait que nous envisageons un avenir toujours meilleur que notre présent. Toutefois, celui-ci n’est pas présent chez les personnes souffrant de dépression, pour qui l’avenir paraît très sombre. « Les personnes dépressives apprécient particulièrement la réalité, car la mort est une réalité commune à chaque homme », affirme Ajit Varki, de l’Université de Californie. Les personnes ne présentant aucun trouble mental occultent cette réalité, car ils en ont peur : « Nous avons besoin de ce déni, car sinon, il ne nous resterait plus qu’à ne rien faire et à nous recroqueviller », ajoute Varki.

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Les humains possèdent donc un rapport à la mort bien différent et bien plus abstrait que les animaux.Ces derniers pleurent eux aussi, ont conscience de la mort et sont effrayés par les cadavres, mais n’envisagent pas la mort comme une réalité omniprésente. Ils ont plus peur des situations entraînant la mort que de la mort elle-même, c’est ce qui les garde en vie et leurs permet d’éviter les prédateurs. Ils n’ont donc pas tout à fait conscience de leur propre mortalité.

Par conséquent, nous sommes les seuls animaux à pouvoir faire face et comprendre notre propre mortalité, affirme l’universitaire, précisément parce que nous sommes des créatures optimistes avec une conscience de soi accrue. « Qu’est-ce que le suicide ? » demande Varki, « le suicide induit votre propre mortalité, mais comment y parvenir si vous n’avez pas conscience de votre mortalité ? Il est alors tout à fait logique que le suicide soit uniquement humain », ajoute-t-il.

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Les animaux ne se suicident donc pas car ils n’ont pas les capacités cognitives qui le leur permettraient. Dans tous les cas, à la rédaction, nous en avons appris beaucoup sur les animaux, sur leurs capacités cognitives et sur leur façon d’appréhender la mort. Même si les animaux ne se suicident pas comme les hommes, ils peuvent être atteints de troubles psychologiques, tout comme nous.

L’akée est un fruit qui doit se manger bien mûr. Autrement, ses toxines vous rendront gravement malade ou vous tueront

— @DailyGeekShow