Berceau de notre espèce, l’Afrique abrite une diversité génétique humaine unique, et ces nouvelles analyses d’ADN ancien pourraient nous éclairer sur les origines lointaines de l’humanité.

Une diversité génétique surprenante

Récemment, une équipe internationale de chercheurs est parvenue à séquencer l’ADN de quatre enfants enterrés il y a entre 8 000 et 3 000 ans sur le site de Shum Laka, au Cameroun. C’est la première fois qu’un ADN ancien est découvert dans le centre-ouest de l’Afrique et l’un des plus anciens jamais récupérés dans un milieu tropical, où l’humidité et les sols acides sont loin d’être favorables à la conservation d’os. Présentés dans la revue Nature, ces travaux révèlent que les Africains d’aujourd’hui sont issus de populations anciennes profondément divergentes et géographiquement séparées, et ce que cela signifie pour l’espèce humaine.

Les analyses menées par les scientifiques ont révélé qu’aucun des quatre individus de Shum Laka, dont les échantillons d’os pétreux (oreille interne) ont permis de produire de l’ADN ancien, n’était directement lié à la plupart des locuteurs actuels du bantou, groupe de langues africaines le plus répandu. Ceux-ci faisaient vraisemblablement partie d’une population distincte ayant vécu dans la région plus de 5 000 ans en arrière, qui a ensuite été remplacée par des groupes très différents dont les descendants constituent la majorité des Camerounais d’aujourd’hui.

Globalement, les deux tiers de l’ascendance des individus de Shum Laka proviennent d’une lignée auparavant inconnue, apparentée aux actuels Africains de l’Ouest, tandis que le dernier tiers provient d’une lignée apparentée aux chasseurs-cueilleurs actuels du centre de l’Afrique.

— Xolodan / Shutterstock.com

Quatre grandes lignées humaines ont contribué à la variation des populations actuelles

L’étude des données ADN récoltées a par ailleurs permis de mettre en évidence les liens entre les diverses ramifications précoces des lignées humaines en Afrique. Ainsi, les lignées menant aux chasseurs-cueilleurs centre-africains et sud-africains actuels et à l’ensemble des groupes humains existants ont divergé successivement il y a entre 250 000 et 200 000 ans, tandis qu’une autre série de divergences génétiques intervenue il y a entre 80 000 et 60 000 ans incluait la lignée ayant conduit à l’ensemble des groupes non africains actuels.

Comme l’explique David Reich, généticien à la Harvard Medical School et auteur principal de l’étude : « Notre analyse montre l’existence d’au moins quatre grandes lignées humaines très anciennes qui ont contribué à la variation des populations actuelles et qui ont divergé les unes des autres il y a environ 250 000 à 200 000 ans. C’est la première fois que des analyses ADN permettent de mettre en évidence ce quadruple rayonnement. »

Selon le scientifique américain, ces résultats soulignent à quel point le « paysage humain » en Afrique se révélait différent seulement quelques milliers d’années en arrière, et mettent en évidence l’intérêt de l’ADN ancien afin de lever le voile sur le passé lointain de notre espèce, ayant été masqué par des mouvements de populations plus récents.

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