Le cannabis réduit drastiquement le risque des gros buveurs de développer une maladie du foie

Aujourd’hui, le cannabis fait partie des drogues les plus consommées au monde. Si ses effets sont désormais bien connus, il semble que certaines caractéristiques nous surprennent encore. Une étude récente abonde dans ce sens : la consommation d’herbe aurait des effets protecteurs face aux maladies du foie. 

 

Le cannabis comme bouclier contre les maladies liées à l’alcool

Il est important de commencer par dire une chose : le cannabis, au même titre que l’alcool, a des effets importants sur notre corps et notre système interne. Plusieurs études ont montré dans le passé que le mélange des deux était peu recommandable, le cannabis amplifiant les effets de l’alcool et empêchant le rejet par vomissement. Néanmoins, une étude américaine très récente démontre que l’herbe peut avoir des effets bénéfiques sur le foie (organe qui sert à évacuer l’alcool ingéré). Il va sans dire que ce n’est pas une invitation à enquiller des shots après avoir fumé un joint.

L’étude a révélé que les buveurs fumant de l’herbe avaient nettement moins de chances de développer des maladies du foie. Cela comprend l’hépatite, la cirrhose, la stéatose et le carcinome hépatocellulaire ainsi que certains cancers du foie. Les dossiers de 320 000 patients ayant des antécédents de consommation abusive d’alcool ont été examinés par des chercheurs de l’Institut national de recherche scientifique de l’Université du Québec. Terence Bukong, hépatologue et chercheur principal de cette étude, s’explique : « Nous avons constaté que les gens dépendants au cannabis sont en réalité beaucoup plus protégés contre les maladies alcooliques du foie ». Les chiffres sont clairs : les gros buveurs non-fumeurs d’herbe ont 90 % de chance de développer une maladie du foie alors que ceux qui consomment en plus du cannabis léger n’ont que 8 % de chance. Quant aux personnes dépendantes au cannabis qui boivent beaucoup, la probabilité tombe à 1,36%.

Deux têtes de cannabis dans une main

 

Des effets surprenants de l’herbe sur le corps humain

En d’autres termes, le cannabis pourrait aider le corps à se défendre contre les maladies liées à l’alcool. Néanmoins, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives (il s’agit d’une étude de corrélation basée sur la population). L’étude semble toutefois confirmer les dires d’un autre article publié en octobre dernier. Plus de 8 200 dossiers de patients avaient été étudiés et l’étude constatait que « la plus faible prévalence de stéatose hépatique non alcoolique a été remarquée chez les gros consommateurs de marijuana ». Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que les fumeurs de cannabis ont souvent un régime alimentaire moins équilibré que les non-fumeurs (plus de calories, de soda et d’alcool) mais sont moins susceptibles d’être obèses.

Des chercheurs de l’Ecole de médecine de l’Université de Stanford émettent l’hypothèse que cela pourrait être lié à la consommation de cannabis et à la diminution des taux d’insuline à jeun. Cette consommation pourrait aussi protéger le foie contre les maladies hépatiques non alcooliques. De fait, les maladies du foie sont fréquemment associées à la résistance à l’insuline et sont provoquées quand le foie accumule trop de graisses. Ce qui nuit au métabolisme du glucose. Ainsi, le cannabis peut protéger le foie des risques d’une mauvaise alimentation.

Une personne fumant un joint d’herbe

 

L’enjeu essentiel de la marijuana : connaître le bon dosage

Depuis un certain temps, les scientifiques ont découvert les propriétés anti-inflammatoires du cannabis. Le corps possède de fait un système endocannabinoïde qui joue sur la mémoire, l’appétit et la fonction immunitaire. Les deux récepteurs endocannabinoïdes les plus connus sont les CB-1 et CB-2. Ils sont présents dans tout le corps, y compris le foie (ils jouent un rôle important dans le développement des maladies du foie). Le CB-1 endommagerait le foie tandis que le CB-2 le protégerait. Connu pour intervenir lors de la consommation d’alcool, le foie joue aussi un rôle dans le métabolisme du cannabis.

Selon la façon dont il est ingéré, le foie métabolise le cannabis. Les chercheurs ont découvert depuis quelques années que les effets thérapeutiques de l’herbe dépendent de deux ingrédients principaux : le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Terence Bukong déclare ainsi : « Le principe est de créer un équilibre entre l’agonisme CB-1 et CB-2 ». Il s’interroge toutefois sur le sujet : « Comment consommer à juste dose afin de n’en conserver que les effets thérapeutiques ? On n’a pas encore de réponse exacte. »

Un homme sur une terrasse qui fume et boit

 

Le rôle crucial joué par les cytokines

Concernant la consommation d’alcool, le danger provient essentiellement de la quantité ingérée. Consommé avec modération, il est avéré scientifiquement qu’il a des effets bénéfiques sur la santé. Quand l’alcool entre dans votre sang, il déclenche une réponse immunitaire et se lie aux récepteurs sur les cellules immunitaires. Cela provoque la libération de protéines inflammatoires appelées interleukines. Ces dernières sont un type de molécules nommées cytokines et utilisées dans la signalisation cellulaire. Pour résumer, lors de la consommation d’alcool, elles provoquent une cascade d’inflammation lorsque des globules blancs (dans le foie) rencontrent des toxines libérées par des cellules bactériennes. L’abus d’alcool rend la barrière intestinale plus perméable et cela permet aux toxines bactériennes de s’infiltrer dans tout le corps.

Pour Bukong, tout cela est un cercle vicieux. « Si vous abusez de l’alcool, vous risquez d’avoir un intestin qui fuit. La bactérie est alors transférée de votre intestin vers la veine porte hépatique, puis vers le foie. Il reconnaît ces pathogènes et commence à produire des cytokines inflammatoires. » Plus cela va se produire, plus il y a d’inflammations (ce qui peut causer des cicatrices nommées fibrose). Ces cicatrices peuvent mener à une cirrhose (durcissement du tissu hépatique mou entraînant une insuffisance hépatique mortelle). Rappelons que la cirrhose et l’hépatite B sont les deux principaux facteurs de risque pour les types de cancer du foie. Il est préférable donc d’éviter une inflammation du foie.

Des personnes qui boivent de l’alcool en soirée

 

Les cannabinoïdes réduiraient les dommages liés à l’alcool

Pour les chercheurs, les cytokines sont utiles pour mesurer les dommages causés par l’alcool à l’intestin, au foie, au cerveau… Ils sont aussi des biomarqueurs utiles pour détecter les troubles liés à la consommation d’alcool. Une étude menée par des chercheurs de l’Université du Colorado à Boulder a mesuré les niveaux d’interleukine chez 66 personnes qui boivent et dont certaines consomment de l’herbe. Elle révèle que ceux qui consomment du cannabis avaient moins de cytokines circulantes. Ce qui suggère que les cannabinoïdes pourraient réduire les dommages liés à l’alcool.

Bien sûr, l’étude s’est faite à petite échelle, mais elle permet de repérer les marqueurs inflammatoires sur lesquels les recherches doivent s’orienter. Pour les scientifiques, la prochaine étape est l’examen des effets de l’herbe sur le foie au niveau cellulaire. Il semble également nécessaire d’étudier les différences liées aux taux de THC et de CBD (qui varient selon les variétés de cannabis). Pour Terence Bukong, « nous devons aller plus loin et détailler les mécanismes moléculaires et aussi déterminer les effets secondaires potentiels ». Il ajoute qu’il « ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur la base de ces données » et conclut qu’on « en saura plus dans les deux prochaines années ».

Il semble aujourd’hui difficile de se prononcer clairement sur le sujet. S’il semble clair que le cannabis ait un effet protecteur face aux maladies du foie liées à l’alcool, il faut toujours avoir conscience que c’est une drogue et qu’elle n’a pas que des effets bénéfiques sur le corps humain. Mais cette étude prouve que cette substance n’a pas livré tous ses secrets.

 


Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent.

— Ken Loach