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Les essais nucléaires menés pendant la guerre froide ont aidé les scientifiques à déterminer pour la première fois l’âge des requins-baleines. Considérée comme la plus grande espèce de poisson au monde, celle-ci est actuellement menacée d’extinction.

L’héritage des essais nucléaires

Jusqu’à présent, il était difficile d’évaluer l’âge des requins-baleines (Rhincodon typus), étant donné que ces derniers, comme l’ensemble des requins et des raies, sont dépourvus d’otolithes, des structures osseuses permettant de le déterminer chez les autres espèces de poissons. Si les scientifiques savaient que le nombre de vertèbres des requins-baleines, qui présentent des bandes distinctes semblables aux anneaux d’un tronc d’arbre, avait tendance à augmenter avec l’âge, certaines études suggéraient qu’un nouvel anneau se formait chaque année, tandis que d’autres concluaient que cela se produisait plutôt tous les six mois.

Afin de résoudre ce mystère, une équipe internationale de chercheurs, dont les travaux ont été présentés dans la revue Frontiers in Marine Science, s’est penchée sur l’héritage radioactif de la course aux armements durant la guerre froide. Au cours des années 1950 et 1960, les États-Unis, l’Union soviétique, la Grande-Bretagne, la France et la Chine ont procédé à des essais nucléaires qui s’étaient traduits par un doublement temporaire dans l’atmosphère d’un isotope appelé carbone 14.

Le carbone 14 est un élément radioactif naturel souvent utilisé par les archéologues et les historiens pour dater os et objets anciens, en raison de son taux de désintégration constant et aisément mesurable. Cependant, il est également un sous-produit des explosions nucléaires. Dans le cadre des essais menés, les retombées radioactives ont d’abord saturé l’air, puis les océans, l’isotope a donc fini par toucher tous les êtres vivants par l’intermédiaire des réseaux trophiques (ensembles de chaînes alimentaires). En raison des importantes quantités libérées, il s’avère que cette signature est encore décelable aujourd’hui.

Les requins-baleines sont aujourd’hui protégés dans toute leur aire de répartition mondiale et sont considérés comme une espèce de grande valeur pour l’écotourisme.

« Une pièce supplémentaire du puzzle »

Les chercheurs ont donc entrepris de tester les niveaux de carbone 14 dans les anneaux de croissance de deux requins-baleines, dont les vertèbres étaient stockées au Pakistan et à Taïwan. La mesure des niveaux de radio-isotopes dans les anneaux de croissance successifs a permis de déterminer clairement la fréquence de leur formation, et donc l’âge de l’animal. « Nous avons constaté qu’un anneau de croissance se formait chaque année », a déclaré le Dr Meekan, membre de l’Australian Institute of Marine Science, à Perth, et auteur principal de l’étude.

« C’est très important, car si vous surestimez ou sous-estimez les taux de croissance, vous vous retrouverez inévitablement avec une stratégie de conservation qui ne fonctionne pas, et verrez la population s’effondrer », a souligné le scientifique. Il s’est avéré que l’un des deux spécimens était âgé de 50 ans au moment de sa mort, quand de précédentes simulations informatiques suggéraient que les plus grands spécimens de l’espèce pouvaient vivre jusqu’à 100 ans.

Bien que la compréhension des mouvements, du comportement et de la répartition des requins-baleines à l’échelle mondiale se soit considérablement améliorée au cours de la dernière décennie, de nombreuses inconnues demeurent encore concernant les caractéristiques fondamentales de leur cycle de vie. De ce fait, cette récente découverte constitue, selon les auteurs de l’étude, « une pièce supplémentaire du puzzle ».

Une vertèbre de requin-baleine du Pakistan, en coupe transversale, montrant 50 bandes de croissance – © Paul Fanning, Pakistan node of the UN Food and Agricultural Organisation

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