Dans la forêt de Chambaran, un immense village de vacances devait accueillir près de 1 000 cottages. Il n’a jamais ouvert. Pourtant, routes, réseaux et investissements publics ont bien été engagés. Comment un projet touristique de près de 390 millions d’euros a-t-il pu disparaître ainsi ?

Le rêve touristique avorté du Center Parcs de Roybon et le chantier jamais achevé
Tout commence avec une promesse presque irrésistible pour cette petite commune iséroise. Pierre & Vacances imagine sur plus de 200 hectares de forêt un Center Parcs comptant environ 1 000 cottages, un vaste espace aquatique couvert et des équipements de loisirs capables d’attirer des milliers de visiteurs.
L’investissement annoncé atteint alors 387 millions d’euros. Le projet promet aussi plusieurs centaines d’emplois permanents et de nouvelles recettes fiscales. Pour un territoire rural en quête de dynamisme, le pari semble immense. Le département, la commune et d’autres collectivités lancent donc la préparation des infrastructures nécessaires au futur complexe.
Mais derrière ces perspectives économiques se cache une contrainte majeure : le site s’installe dans la forêt de Chambaran, riche en zones humides sensibles. La Cour des comptes recense environ 80 hectares à défricher et 76 hectares de zones humides impactées, ce qui place très tôt l’environnement au centre des tensions.
La bataille juridique autour du site de Roybon et l’occupation de la forêt de Chambaran
À partir de 2014, le projet bascule dans une phase de conflit ouvert. Des opposants occupent le terrain et installent une ZAD dans les bois. En parallèle, les recours juridiques se multiplient contre les autorisations environnementales. Le futur complexe devient alors un symbole national des tensions autour de l’aménagement du territoire.
Le chantier ne franchit jamais ce blocage judiciaire. Pendant des années, les décisions de justice, les recours et les contestations sur le terrain figent totalement le projet. Les cottages restent sur les plans, mais les collectivités engagent déjà des travaux concrets. Routes, réseaux et raccordements se construisent pour un site qui n’accueillera jamais de visiteurs.
Derrière le projet privé, les collectivités avaient engagé des sommes très concrètes
Le rapport de la Cour des comptes met en lumière l’ampleur des engagements publics. Le département prévoit environ 7 millions d’euros d’aides, notamment pour les réseaux internes, tandis que 7,5 millions financent la modernisation de l’eau et de l’assainissement.
Un programme plus large d’infrastructures hydrauliques accompagne aussi le projet. Il atteint 27,5 millions d’euros pour l’assainissement et 9,5 millions pour l’adduction d’eau. Ces travaux ne servent pas uniquement le Center Parcs, mais leur dimensionnement reste directement lié à sa présence future.
La commune engage également plus de 244 000 euros pour les études, le foncier et les démarches de raccordement routier. Avant même toute ouverture, les collectivités orientent donc une partie de leurs investissements vers un projet qui ne verra jamais le jour.
En 2020, Pierre & Vacances renonce, mais l’histoire du site ne s’arrête pas là
Le 8 juillet 2020, après plus de dix ans de procédures, Pierre & Vacances annonce son retrait. Le groupe évoque la caducité de l’autorisation de défrichement et le blocage du site occupé depuis 2014. L’abandon entraîne une dépréciation de 41 millions d’euros dans ses comptes.
Le paysage juridique se referme, mais le terrain, lui, reste transformé. Le projet devait créer emplois et attractivité, il laisse surtout des traces physiques et administratives. En février 2022, la commune de Roybon et Bièvre Isère rachètent ensemble les 200 hectares concernés.
Ces terrains deviennent ensuite un espace forestier non constructible, destiné à une gestion écologique et sylvicole. Le Center Parcs disparaît des plans, mais ses effets persistent dans le paysage. Et une question demeure : comment réinventer un territoire marqué par les infrastructures d’un projet qui n’a jamais existé ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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