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Le château d’Allington cherche un acquéreur, mais ses pierres racontent surtout la chute des Wyatt sous les Tudors

Au bord de la Medway, près de Maidstone, le château d’Allington est proposé à la vente après la mort de son dernier occupant. Derrière cette annonce se cache un édifice classé au plus haut niveau du patrimoine anglais. Ses murs gardent la mémoire d’une famille de poètes et de rebelles liée à Henri VIII.

Château médiéval en pierre grise avec tours semi-circulaires, châtelet d'entrée crénelé et douves en eau, au bord d'une rivière bordée d'arbres dans le Kent
Le château d’Allington, près de Maidstone, a été fortifié à partir de 1281 puis transformé par la famille Wyatt. Restauré entre 1905 et 1929, il reste inscrit au plus haut rang du patrimoine anglais. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Bien avant les Tudors, une motte normande puis une forteresse de pierre élevée à partir de 1279 occupaient déjà la rive

Le nom d’Allington figure dans le Domesday Book de 1086. Cependant, ce grand inventaire normand mentionne le domaine, pas un château. Selon le registre du patrimoine du comté de Kent, une première fortification en terre est bâtie sous le roi Étienne, puis rasée vers 1175 sur ordre royal.

Ensuite, en 1281, Stephen de Penchester obtient une licence pour fortifier son manoir. Ainsi naît l’enceinte carrée, bordée de tours semi-circulaires et entourée de douves reliées à la rivière. Par ailleurs, deux pigeonniers ronds en pierre, attribués au XIIe siècle, passent pour les plus anciens d’Angleterre.

Sir Henry Wyatt achète le domaine en 1492, et son fils Thomas y naît en 1503 avant de briller à la cour

Après 1492, Sir Henry Wyatt, fidèle conseiller d’Henri VII, transforme la forteresse en demeure plus habitable. Il fait notamment élever une aile à deux niveaux qui coupe la cour en deux parties inégales. De plus, un corps à pans de bois vient s’appuyer contre l’angle sud-est du rempart.

Son fils, Thomas Wyatt, voit le jour à Allington en 1503. Diplomate au service d’Henri VIII, il introduit le sonnet pétrarquiste dans la poésie anglaise. Surtout, ses liens supposés avec Anne Boleyn lui valent un séjour à la Tour de Londres en 1536, sans condamnation. Selon la tradition locale, le roi aurait lui-même logé au château, mais aucun document décisif ne l’établit.

La révolte de Thomas Wyatt le Jeune contre le mariage espagnol de Marie Ire fait tout basculer en 1554

Au début de l’année 1554, le fils du poète, Thomas Wyatt le Jeune, soulève le Kent. Il refuse l’union de la reine Marie Ire avec Philippe d’Espagne. Cependant, ses troupes échouent aux portes de Londres en février, et il est exécuté le 11 avril 1554.

Dès lors, la Couronne confisque Allington. Par conséquent, le château perd son rang de résidence seigneuriale et se trouve partagé entre deux fermes. Au fil des siècles, l’abandon gagne les bâtiments, si bien qu’en 1905 l’ensemble n’est plus qu’une ruine.

Martin Conway et l’architecte Caröe sauvent l’édifice entre 1905 et 1929, avant une longue vie privée

En 1905, l’alpiniste et historien de l’art Sir Martin Conway rachète les vestiges. Avec l’architecte William Douglas Caröe, il engage une restauration savante qui reconstitue créneaux, grande salle et aile du châtelet d’entrée. En 1929, le château redevient une maison habitable.

Par la suite, l’homme politique Alfred Bossom le loue entre 1936 et 1946, puis des carmélites l’occupent à partir de 1951. Enfin, le sondeur Sir Robert Worcester, fondateur de l’institut MORI, y réside jusqu’à sa mort le 5 septembre 2025. Inscrit au Grade I depuis 1951, Allington reste donc protégé par la loi, quel que soit son prochain propriétaire.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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